Adieu et merci Toko !

Dieudonné Nambatingué “Tokomon”, entendez l’indomptable, premier footballeur tchadien international à jouer en division 1 en Europe, précisément en France, est décédé des suites d’une longue maladie, à 73 ans en France. Il est inhumé dans l’intimité familiale, le mardi 17 février 2026, au cimetière des Semboules à Antibes.

Né le 21 août 1952 à Fort-Lamy (actuel N’Djaména), Toko est originaire du canton Ngalo, sous-préfecture de Bouna dans le département de Bahr Sara (Province du Mandoul). Dès sa jeune enfance, le football l’attire au point où le vieux père Jacques Nambatingué l’éloigne en l’envoyant à Bongor. Rien n’y fit. Là-bas, il s’en donne à cœur joie au football. Repéré, il rejoint le club Yal Tchad à nouveau à N’Djaména où son talent explose. Le 30 décembre 1973, à 21 ans, il débarque en France en qualité d’attaquant de race exceptionnel, y passe toute sa carrière, fait connaître et parler du Tchad autrement. C’est la fierté tchadienne, qui va évoluer tour à tour, tout le long de sa carrière dans les clubs suivants : Grenoble (1973-1974), Albi (1974-1975), OGC Nice (1975-1978), Bordeaux (1978), Strasbourg (1978-1979), Valenciennes (1979-1980), Paris Saint Germain (1980-1985) et Racing club de Paris (1985-1986). “Cet attaquant au physique impressionnant était tentaculaire et avait une couverture de balle très dissuasive”, peut-on lire dans son parcours, écrit par la presse française.

 

La référence du Paris Saint Germain (PSG)

En 1980 quand il rejoint le PSG, se justifie-t-il : “J’ai vécu une saison extraordinaire dans le Nord, mais je ne peux pas refuser l’offre du PSG”. Deux ans plus tard, le 28 septembre 1982, celui qui est qualifié d’ailier inarrêtable écrit l’histoire du PSG en coupe d’Europe. Toko est le premier joueur du club à inscrire le premier but du PSG en coupe d’Europe, précisément à la 20e minute, face au Lokomotiv de Belgrade ; en marque son 2e le même jour suite à un retourné magnifique à la 81e minute, contribuant ainsi à la victoire du match par 6 buts contre 1. Il entre ainsi ce jour, dans la légende du mythique club du PSG, 12 ans après sa création en 1970. Un haut fait d’arme qui reste dans les annales de l’histoire du football français, et qui lui vaut des témoignages intarissables, lit-on sur la page du club PSG. “Il était lumineux, sans chercher à prendre la lumière”, lui reconnaissent ses anciens coéquipiers qui se rejoignent sur sa personnalité unique : “solaire, humble et généreux” ! Voilà ce dont l’enfant du quartier Gardolé, comme il aimait se définir, a gratifié le PSG, aux amoureux du beau jeu et d’un football basé sur le talent.

Au PSG, de 1980 à 1985, Toko a joué 171 matchs, marqué 43 buts et délivré 21 passes décisives. Mieux, avec le PSG, il a remporté deux coupes de France (1982 et 1983). Il a été finaliste de la coupe de France en 1985. Après avoir raccroché, il a fait partie du staff du PSG de 1989 à 1998, comme adjoint en charge de la supervision des adversaires et des futurs joueurs du club.

Mais le palmarès de l’homme ne s’arrête pas là. Toko a été champion de France avec Strasbourg (1979), champion de France en 2e division avec le RC Paris (1986), vice-champion de France avec l’OGC Nice (1976) et finaliste de la coupe de France (1978). Ses statistiques affichent un total de 274 matchs joués en 1e division avec 61 buts marqués, 17 matchs en 2e division avec 2 buts marqués, 5 matchs joués et 3 buts marqués en coupe d’Europe des vainqueurs de coupe, et 5 matchs joués pour 1 but marqué en coupe de l’Uefa.

Toko laisse derrière lui 4 enfants dont deux garçons et deux filles (Nata, Malika, Maimouna et Neldji).

 

Des hommages et témoignages rendus à travers le monde            

Parmi les témoignages, l’on retient celui du 10 février 2026 depuis Paris, d’Adoum Abdoulaye (administrateur civil hors classe, ancien de l’Ena de France, Promotion Ghandi) :

“Nambatingué Toko, fierté éternelle du Tchad”

“Le Tchad vient de perdre plus qu’un footballeur, mais un symbole, un pionnier, un drapeau porté à bout de souffle sur les terrains du monde. Nambatingué Toko n’était pas seulement un grand joueur, il était la preuve vivante que le génie tchadien pouvait briller loin, très loin, sans jamais renier ses racines.

 A une époque où notre pays était peu connu sur la scène footballistique mondiale, il a osé, il a tenu, il a réussi pour lui, mais surtout pour le Tchad. Chaque but marqué, chaque match disputé, chaque combat sur le terrain était une victoire silencieuse pour la nation. Il jouait avec ses jambes, mais il représentait un peuple avec son cœur.

Aujourd’hui, nous pleurons l’homme, mais nous célébrons l’héritage : celui d’un fils du Tchad qui a ouvert la voie, inspiré des générations et montré à nos jeunes que rêver grand n’est jamais une trahison de la patrie, mais un acte de courage.

Représenter le Tchad selon Toko, est un devoir qui exige exemplarité, humilité et engagement. Son nom s’inscrit désormais parmi ceux qui ont servi la nation sans armes, ni discours, mais avec le travail, le mérite et l’abnégation.

Le Tchad lui doit reconnaissance, la jeunesse lui doit inspiration, l’histoire lui doit mémoire. Un homme passe, le Tchad demeure et l’honneur reste. Repose en paix, légende ! Le pays de Toumaï est fier de toi et ne t’oubliera jamais !”.

La rédaction du journal présente ses condoléances aux parents et à la famille du défunt.  Grand frère, adieu et merci pour tout. A jamais dans nos cœurs !

Roy Moussa

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