African Melody a fêté son cinquantenaire

50 ans et 5 mois après son premier concert de lancement de ses activités musicales le 28 novembre 1974 au bar la Concorde, Afican Mélody a organisé “La semaine de son cinquantenaire” du mardi 21 au samedi 26 avril 2025 entre l’Espace culturel Talino Manu et le Radisson Blu hôtel. C’est sous le patronage du ministre en charge de la Culture, Abakar Rozi Téguil, qui l’a lancée et close.

Entre émotions, sensations, réminiscence et redécouverte, les invités de différentes générations ont assisté pour la première fois à une communion musicale entre ancienne et actuelle génération en direct. L’événement s’est produit au Radisson Blu hôtel le samedi 26 avril 2025 qui a connu l’apogée de la semaine du cinquantenaire sous forme de soirée de gala.

Pour la circonstance, Hassan Biani alias Tchopba tchadien, le benjamin des regrettés huit autres musiciens avec lesquels il a démarré cette agréable aventure en 1974, est monté sur scène à 23 h 59 mn. Soit 30 mn après l’arrivée du ministre en charge de la Culture. Entrent en scène 9 musiciens de la génération actuelle dont une chanteuse lead (Lindsy), tous vêtus en mode sahélienne. Les doigtées de Hassan Biani qui ont parcouru la manche de la guitare, ont revisité quelques titres phares du riche et variée répertoire de l’orchestre. C’est à travers les titres : “Saa tama”, entendez “Il est temps” et “Dounia” qui signifie “la vie”, pour le bonheur des anciens mélomanes présents, dont les visages se sont illuminés sur des commentaires entre les tables.

A 24 h 05 mn pendant la pause, c’est la vente aux enchères de plusieurs albums remixés sur supports clés Usb, aux prix variant entre 50 000 et 15 000 francs CFA.

20 mn plus tard à 24 h 25 mn, place au gâteau d’anniversaire. Il est coupé par le ministre Abakar Rozi Téguil, Hasan Biani le dernier des mohicans et le président du comité d’organisation de la semaine, l’ancien ministre Sandjima Dounia. Mais entre ces trois moments, les invités ont apprécié les prestations des artistes M.K. Max (musicien), Hassan Niélé (humoriste), les danseuses du groupe Omac, le Ballet national du Tchad, ainsi que les célébrités : Cidson Alguewi le seigneur de la ville et Mounira Mitchala la lauréate des Découvertes Rfi 2007.

 

Transmission et partages d’un héritage culturel commun

African Melody est à juste titre considéré comme un patrimoine national culturel immatériel. A plusieurs reprises, les différents discours officiels tant à l’ouverture et à la clôture de la semaine l’affirment. (…) Il y a exactement 50 ans, le 28 novembre 1974, naissait sur nos scènes, un orchestre devenu légendaire. À l’initiative des passionnés visionnaires, de musiciens talentueux et amoureux de nos rythmes et mélodies, l’Orchestre African Melody offrait son tout premier concert public. Aujourd’hui, nous honorons cette œuvre mémorable et ses fondateurs, en ravivant leur héritage et en le transmettant aux jeunes générations. L’Orchestre African Melody, c’est un pan entier de notre mémoire collective. De 1974 à aujourd’hui, il a su traverser les époques, s’adapter, se renouveler sans jamais perdre son âme. Il a rassemblé les générations autour de notre culture commune, a transcendé les clivages, et a porté haut les couleurs du Tchad, ici et au-delà de nos frontières. Par ses compositions audacieuses, ses prestations vibrantes, ses tournées marquantes et ses collaborations fécondes, l’Orchestre a su incarner la richesse, la diversité et la vitalité de notre identité musicale. À chaque concert, à chaque note, il raconte une histoire, celle d’un peuple uni dans sa diversité, fier de ses racines et résolument tourné vers l’avenir (…)”, rappelle le ministre Abakar Rozi Téguil au lancement de la semaine. Il ajoute que la culture n’est pas une relique, elle est vivante, en mouvement, en dialogue constant avec les générations. Préserver notre patrimoine musical, c’est lui redonner vie, lui faire place dans l’espace public, l’enseigner, le diffuser, l’enrichir.

Cette dimension historique de l’orchestre African Melody doit rassurer la jeune génération des musiciens, que l’avenir de la musique tchadienne doit être envisagé dans une union sacrée, comme observé autour de Hassan Biani. Au gré des mutations et des adaptations, l’art a toujours évolué par rupture successive. C’est le cas d’African Melody, qui a connu une désorganisation avec la guerre civile de février 1979, pour se reconstituer en 1982 jusqu’au début des années 1990. Entretemps plusieurs membres fondateurs sont passés de vie à trépas. Hassan Biani n’a pas pour autant baissé les bras, ni lâché sa guitare. Il a continué à s’adapter avec résilience en mémoire à ses anciens compagnons, et a maintenu allumé la flamme musicale tchadienne, par la volonté et avec la force des chansons pour la plupart intemporelle, et qui sont toujours d’actualité. African Melody l’avait si bien compris en explorant toutes les langues tchadiennes dans ses chansons, ce qui a inspiré également bon nombre de jeunes musiciens, qui interprètent à souhait ce mythique groupe musical. Voilà pourquoi, chacun s’est senti concerné et a choisi d’être témoin de ce moment historique de partage d’héritage commun.

 

Djibrine Térap, un promoteur mélomane et visionnaire

Le fondateur et promoteur de l’orchestre African Melody, Djibrine Térap, diminué par la maladie et alité, n’a pu être de la fête. Néanmoins, il a fait parvenir au lancement, un message lu par Hassan Biani, qui confirme sa vision toujours actuelle : “ (…) L’orchestre African Melody n’a cessé de grandir, d’évoluer et de traverser les époques devenant au fil des années l’un des piliers de la musique africaine. A chaque note, chaque harmonie, nous avons cherché à rendre hommage à notre diversité et à notre héritage tout en innovant, pour faire résonner notre musique sur les scènes nationales et internationales. Le parcours de l’orchestre n’a pas été sans défis. Mais c’est précisément grâce à ces épreuves que nous avons forgé notre identité, unissant nos talents, nos cultures et nos traditions musicales, pour offrir au monde un son unique, profondément ancré dans nos racines africaines tout en étant tourné vers l’avenir”, rappelle le fondateur. Et de poursuivre : “Aujourd’hui, en célébrant ces 50 ans de musique, nous célébrons aussi l’histoire de notre peuple, de notre continent et de notre engagement pour la préservation et la diffusion de notre culture (…) Je voudrais également rendre hommage à tous les musiciens, techniciens, compositeurs et arrangeurs qui ont contribué à la réussite de l’orchestre African Melody. Chaque génération a apporté sa pierre à l’édifice et c’est grâce à cette dynamique de transmission et de renouveau que nous pouvons fêter cet anniversaire dans l’allégresse et l’unité (…)”. Djibrine Térap conclut sur ces termes : “Je vous invite donc à continuer de soutenir et de célébrer la musique car elle est un vecteur puissant de consolidation des relations intercommunautaires et intracommunautaires, facteur d’unité, de compréhension et de fraternité entre les peuples. Ensemble, nous ferons en sorte que l’héritage de l’orchestre African Melody vive encore pendant de nombreuses décennies”.

 

Roy Moussa