“Changer le narratif sur le Tchad et disposer d’une bonne politique culturelle”

Tel est le conseil de la figure de proue de la musique tchadienne Afrotronix, qui revisite dans cet interview, l’année 2025 à travers quelques activités phares, qui sont des fenêtres d’opportunités pour le Tchad et de développement de la musique tchadienne, de la sortie officielle de son prochain album “Kod”.

L’album Kod clôture l’année 2025 avec le prix de la meilleure musique cinématographique au festival cinématographique de Carthage en Tunisie. Qu’est-ce que tu ressens ?

Bonne année 2026 à toi et aux lecteurs. L’album Kod qui clôture l’année avec ce prix cinématographique est tout simplement incroyable. L’importance de ce prix est spéciale dans ce sens que c’est la première fois que la musique tchadienne est jouée à 100% sur un film long métrage. Ce qui ouvre le marché musical de la musique tchadienne. Par cet acte, je crée l’intérêt au monde du cinéma à regarder vers le Tchad, quand on cherche la sonorité originale. C’est tellement immense et historique qu’on ne réalise pas la grandeur de ce prix qui consacre la musique tchadienne.  Je suis vraiment flatté et fier d’avoir contribué à mettre les projecteurs sur le Tchad. Un grand bravo à Achille Ronaimou qui a réalisé ce très grand film qui à mon sens, est le plus beau film tchadien de tout le temps. 2026 célèbre ce prix remarquable.

Si on revisite ensemble tes activités durant 2025, quelles ont été les plus belles, marquantes et les projets que tu n’as pas pu réaliser ?

Je commencerais par la sortie du clip “Odayé” pour la promotion du patrimoine naturel. C’est une stratégie de communication sur la beauté tchadienne, la célébration du beau, une démonstration de force de notre potentiel touristique. Je pense que c’est une sortie qui n’a pas été bien récupérée par le ministère en charge de la Culture et du tourisme, qui devrait mettre en lumière cette initiative. Artistiquement, je me suis investi pour corriger le narratif sur le Tchad. On doit démontrer que le Tchad est beau avec un potentiel touristique compétitif sur le plan mondial. Aujourd’hui, par ici, beaucoup de gens sont curieux et demandent à connaître cette partie du monde qu’est le Tchad.

Il y a aussi ma participation en Ouganda, où j’ai partagé le show de clôture au festival Nyege Nyege avec le légendaire artiste américain Skrillex qui est spécialiste de l’électro pour sa première venue en Afrique. J’ai été très fier parce que cet évènement me permet de développer un marché électro au Tchad, ce qui est une fierté. Il y aussi mon passage au Nigeria avec “Création Africa” où j’ai fait beaucoup de rencontres et suscité assez d’intérêt pour le marché culturel tchadien. J’ai rencontré beaucoup d’hommes d’affaires, qui investissent dans l’industrie culturelle. Ce sont des bases à concrétiser en 2026, parce qu’il y aura beaucoup de circulation de ces hommes d’affaires vers le Tchad, très bientôt. Ce qui va contribuer à développer le marché de l’art. Il y a également mon passage au Fespaco qui a débouché sur ma participation au plus grand festival de musique du Burkina Faso qui se prépare. Ce sont des collaborations qui s’ouvrent avec l’équipe Réma de Salif, qui met en place un Hub pour échanger avec des artistes tchadiens. Ça aussi, j’en suis fier. Egalement mon passage à Berlin (Allemagne) avec des gros projets pour 2026. Voilà en partie quelques activités réalisées en 2025, même s’il y en a beaucoup.

Combien de titres comporte l’album Kod et qu’est-ce qui fait sa particularité ?

L’album Kod comporte 26 titres, mais aujourd’hui il n’y a que sept de disponibles. Le reste des titres va arriver d’ici le 16 janvier 2026, qui est la date de sa sortie officielle. La particularité au niveau du “sound design” sonore, c’est que c’est une nouvelle enveloppe. Je pousse l’expérience électro africaine un peu plus loin encore avec cet album. La particularité aussi c’est beaucoup de thèmes autour de cet album dont le thème central est Kod, qui veut dire tam-tam. C’est le premier outil pour donner des codes dans de grandes tribus et ethnies africaines, qui l’utilisent pour envoyer des messages. Aujourd’hui à l’ère de l’Intelligence artificielle (Ia), l’album Kod expérimente quels sont les machines et les éléments qui accentuent notre humanité, par rapport aux machines de l’intelligence collective. Il est question de comment définir ou décoder à partir des machines, les algorithmes africains qui aujourd’hui, n’utilisent pas encore les codes qu’utilisent les machines. Essentiellement, il y a d’autres titres dans le contexte du Tchad. C’est pour la première fois que je fais appel par exemple au rythme “Chila chila”, je suis allé au Mayo-Kebbi pour expérimenter le “Gurna” qui est un élément phare de cet album. C’est un challenge et un défi d’amener le Gurna dans une sphère musicale globale, notamment dans les radios, les boîtes de nuit. C’est aussi une fierté de contribuer, lorsqu’on lit certains articles qui sont consacrés à travers sa reconnaissance par l’Unesco, comme un élément de la culture mondiale.

En ce début de l’année 2026, as-tu des vœux à émettre. Si oui, lesquels et en termes de projets ?

Parmi les grands projets 2026, il y a la grande tournée d’Afrotronix au Tchad, qui va concerner certaines provinces, où je ne suis pas encore allé. Bongor, Sarh, Abéché, Fada et Faya-Largeau. C’est un méga projet pour lequel je compte réunir les moyens très rapidement pour le faire. C’est une manière de ramener la joie de vivre dans les coins reculés. Mon vœu le plus sincère aussi est qu’il y ait une politique culturelle nationale et que dans le programme du gouvernement, que cette politique ait une place importante. C’est ce dont nous avons besoin pour développer le positionnement de la marque “Made in Tchad”. Le Tchad a besoin de se positionner sur le continent et les outils d’industries culturelles sont bien indiqués pour y accompagner ce besoin, à travers les différents secteurs culturels (musique, danse, théâtre, cinéma, photographie, peinture, art culinaire, etc.). Que le secteur touristique également se développe davantage. Nous devons corriger le narratif sur notre Tchad, afin que le monde sache que c’est un pays d’accueil où les gens peuvent venir en toute sécurité, pour profiter de nos beaux paysages.

Interview réalisé par Roy Moussa

 

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