C’est le regard porté par trois photographes italiens, à travers leurs appareils photos en février 2025, dans les régions de Mayo-Kebbi Est et Ouest. Le résultat croisé de leurs immersions dans la vie rurale a fait l’objet d’une exposition photographique et sonore dénommée : “Immersion au sein de la transhumance au féminin”.
La galerie Kei Kor situé au quartier Sabangali, a accueilli le 18 septembre 2025, un public inhabituel autre qu’artistique, composé d’acteurs et actrices du monde rural, ainsi que des partenaires multilatéraux.
Dans la salle conditionnée dédiée aux expositions, 18 tableaux aussi expressifs que vivants, retracent le quotidien des populations rurales (agricoles et pastorales), des localités de Fianga, Pala, Bissimafou, Léré, et Erdé, vous parlent et vous installent dans un contexte de cohabitation, où hommes, animaux et environnement vivent en symbiose parfaite. Une vie quotidienne au cœur de laquelle, l’omniprésence silencieuse de la femme est mise en exergue, dans toute la chaîne d’activités agricoles et pastorales complémentaires, depuis le village, les marchés, les campements nomades, dans la brousse, à travers lesquelles la femme établit des liens d’interdépendance et de cohabitation pacifique, entre les deux communautés. Mais cela, non sans difficulté. Elle encaisse, subit et gère dans le silence des sentiers battus des zones rurales et des aléas climatiques qu’elle ressent et pressent le plus souvent dans son silence.
Des images qui parlent et enseignent
Observer des images de cette femme qui revient de la brousse avec des fagots sur la tête, en train de traverser un cours d’eau à gué, pendant qu’un troupeau de bœufs également traverse ce même cours d’eau en sens inverse ; cette autre femme enfant au dos et un secco sur la tête, traversant également d’un autre coté ; ou encore ces trois femmes dans l’eau jusqu’à la taille, récipients et nasses sur la tête du côté de Fianga dans le Lac Tikem ; cette femme de Fianga à vélo, chargé des sacs de produits agricoles, en route pour le marché ; une vache dans un campement nomade au pied d‘une colline du village Erdé, qui partage ses pis entre son veau et cette dame récipient en main, qui en extrait de l’autre côté pour la consommation directe ou la transformation future en produit laitier destiné à la vente ; pendant qu’au village veaux et enfants se retrouvent dans un environnement proche sous un étable, non loin des cases ; cette scène de vie au village où les femmes des deux communautés se retrouvent toutes autour d’un puits à ciel ouvert à Bissimafou ; ce boucher dodu du marché de Léré présentant fièrement un quartier de viande de bœuf devant son étal ; ce berger à la tête d’un troupeau se dirigeant vers Pala, avec son panneau solaire suspendu sur son côté comme une gibecière ; cette dame au lever du soleil au bord du Lac Léré en train de retourner la terre avec un daba pour faire des planches de maraîchage, pendant que dans l’eau, un jeune pêcheur déroule son filet non loin d’un hippopotame qui broute tranquillement l’herbe, etc. Tel est le panorama que décrivent ces instants de vie quotidienne, saisis par ces trois photographes et documentés, pendant deux semaines. Des instants qui établissent les liens entre agriculteurs et éleveurs et l’impact du changement climatique sur la transhumance et la biodiversité, ainsi que l’interdépendance et la richesse culturelle des communautés rurales tchadiennes.
Encourager une transhumance plus inclusive
Ce travail est réalisé dans le cadre du projet : “Paix, transhumance et développement de l’économie pastorale autour du Lac-Tchad (Petradep)” qui couvre la période 2023-2028 et concerne le Cameroun, le Niger, le Nigeria et le Tchad, sur financement de la Bmz allemande, l’Union européenne et mis en œuvre par l’agence de coopération internationale allemande (Giz). Une exposition qui a vu se succéder dans la prise de parole, le conseiller technique principal du Giz, Lucca Ferrini, le chef de coopération de la délégation de l’Union européenne, Karl Rawert, et l’Ambassadeur d’Allemagne au Tchad, SE Jens Kraus-Massé, arrivé pour la première fois sur le sol tchadien cinq jours plus tôt, le samedi 13 septembre 2025 et émerveillé d’avoir été de la partie.
Roy Moussa
