L’Institut français du Tchad a ouvert ses portes le 6 février par un événement dénommé “La nuit de l’espoir”, dans le cadre du projet “Les blessés de l’existence”. Un court-métrage titré “On veut rêver” a été projeté. Le promoteur Emmanuel Ngaradoumbaye, de son nom d’artiste Light-Man, fait découvrir un projet porteur d’espoir.
Pourquoi “Les blessés de l’existence” ?
Les bons et grands projets naissent des idées simples, dit-on. J’ai regardé un documentaire sur Netflix il y a un an et demi et il parlait du processus de la création de la chanson “We are the World” initiée par Michael Jackson et Lionel Richie. La période où je regardais le documentaire qui parlait du processus de création de la chanson, en même temps, on avait perdu Allasra Marius Mbaïnarem qui est très actif dans le milieu culturel. Décédé dans des conditions désastreuses (tué par balle), l’idée m’est venue et j’ai réuni 14 amis artistes pour lui composer une chanson en hommage parce qu’il nous a vraiment aidés dans nos différentes activités culturelles organisées. Nous nous sommes rendus compte que si la chanson ne devait être qu’un hommage, ça allait avoir de la portée, mais après deux, trois jours, les gens vont littéralement oublier. À partir de là, on s’est dit : “Des Marius, on en a tellement au Tchad, c’est-à-dire des jeunes qui par une balle perdue sont décédés, des jeunes qui, souvent dans la précarité, sont décédés”. C’est pourquoi nous avons mis en place un concept appelé “Les blessés de l’existence” et le projet est parti de là. Nous nous sommes dit qu’on allait faire une chanson, mais on va utiliser l’art et le suivi psychologique pour apporter une solution tangible aux gens qui souffrent dans ce pays-là. Et le 2 août de l’année 2025, nous avons organisé un gala à l’hôtel Radisson Blu pour présenter le projet au public.
Quelles sont les cibles du projet “Les blessés de l’existence” ?
C’est un projet qui a des objectifs à long et à court terme. À long terme, on est en train de vouloir cibler tous les blessés de l’existence du Tchad. Quand on parle des blessés de l’existence, on met tout le monde dans cette maille-là, c’est-à-dire les gens qui souffrent quand il y a les inondations, les diplômés sans emploi, des dépressifs. À court terme, on est en train de vouloir déjà, avec la première phase de notre projet, aider les femmes victimes de violences sexuelles ou bien physiques. Nous voulons réunir en tout 35 femmes pour faire un suivi psychologique dans notre cellule d’écoute qui est le noyau même du projet, pour les aider à pouvoir s’en sortir. Pour la première phase, l’objectif est d’aider les femmes victimes de violence en suivi psychologique avec des psychologues pendant une durée de neuf mois et durant ce suivi-là, on va utiliser des outils comme l’art-thérapie, la musicothérapie, l’écoute ainsi que d’autres méthodes que nos psychologues maîtrisent afin de diagnostiquer les problèmes et d’avoir des rapports sur chaque victime. Nous sommes en train de nouer des collaborations avec certaines structures pour l’insertion de ces victimes après leur accompagnement.
Parlez-nous du court-métrage “On veut rêver” projeté à l’Institut français du Tchad ce 6 février ?
“On veut rêver” est un court-métrage dans le cadre du projet “Les blessés de l’existence”. Il nous plonge au cœur de la jeunesse tchadienne, qui est une génération trop souvent sacrifiée par la violence, la pauvreté et l’injustice, mais portée par une énergie indomptable et une soif irrépressible de liberté. À travers les destins croisés de plusieurs jeunes, le film raconte une société meurtrie qui refuse pourtant de se laisser écraser par le poids du quotidien. Meurtres, viols, misères et incertitudes forment la toile de fond d’un récit dur et sans détour. Mais derrière ces blessures se cache une force essentielle : le droit de rêver, de résister et de croire à un avenir meilleur. Ce que nous avons récolté comme fonds lors de cette soirée, où il y a eu du spectacle de danse et d’autres prestations artistiques, ainsi que des engagements par le public en signant nos fiches, seront directement injectés pour la mise en place d’une cellule d’écoute.
Quels sont les critères de sélection pour les 35 femmes qui seront prises en compte ?
Nous n’avons pas la prétention de dire que nous allons aider tout le monde, mais nous allons mettre un formulaire en ligne qui sera rempli par les personnes de nationalité tchadienne. À notre niveau avec les psychologues, nous allons faire un travail de tri et, en fonction du diagnostic qui sera posé par les psychologues, nous allons voir quelle femme a urgemment besoin de suivi. Pour être précis, nous allons plus nous baser sur les femmes qui seront ici à N’Djaména parce que nous n’avons pas encore les fonds nécessaires pour faire venir une personne de l’intérieur du pays à N’Djaména et assurer sa prise en charge. Sinon le projet est évolutif, donc à long terme, nous pourrons éventuellement nous étendre. Avec l’art on peut soigner les blessures invisibles et le suivi psychologique ne peut pas être un sujet tabou dans notre société. Nous allons l’utiliser pour le bien-être des gens.
