La 23ème Coupe du Monde de football s’est terminée le dimanche 19 juillet 2026. Elle consacra l’équipe nationale d’Espagne (la Roja), championne du monde. Et ce, malgré les critiques, les soupçons, les agissements plus politiques que sportifs du président des Etats-Unis, un des pays organisateurs, les contestations de l’arbitrage et de la VAR. Le temps est maintenant pour chaque continent et chaque pays participant, de faire son bilan et de tirer les leçons qui s’imposent. Ce serait aussi le moment pour la FTFA et sa DTN, de se pencher sur le parcours des Sao, dans leur participation aux éliminatoires de la Can 2025, de la Coupe du monde 2026 et dans les 2 matchs préliminaires pour la Can 2027 contre le Burundi.

Le football tchadien est aujourd’hui, plus que jamais, face à son destin. Son horizon assombri par de multiples obstacles, menaçant même dangereusement son existence, mérite d’être éclairci et dégagé, avant la Can 2029 et la Coupe du monde 2030. Comme il n’y a aucune urgence d’ici-là, cela laisse le temps à la FTFA, d’exécuter son programme et les 11 chantiers :

1) – réforme de la gouvernance,

2) –  réforme de la direction technique nationale,

3) –  création d’une direction de communication,

4) – réforme des compétitions,

5) – formation des formateurs,

6) – remise à niveau des arbitres,

7) – réforme des ligues provinciales,

8) – réforme des clubs,

9) – développement du football féminin,

10) – réforme des équipes nationales (Sao),

11) – mobilisation des ressources.

Seul candidat retenu, M. “Tahir Oloy Hassan, l’homme de la refondation du football tchadien”, comme indique son programme de campagne, est élu le 1er mars 2025. Il est, depuis plus d’un an, aux commandes de la FTFA et, avec son comité exécutif, ils sont à pied d’œuvre sur tous les fronts. Un bilan des actions réalisées fut publié le 6 juillet 2026. Bien qu’il n’ait pas pris en compte les résultats des Sao, il apparut à ses auteurs, satisfaisant, encourageant et même réconfortant, avec l’organisation du championnat national dit intégral, pilotée par la nouvelle Ligue nationale de football (LINAFOOT), placée sous l’égide de la FTFA.

Selon les organisateurs, ce championnat a duré 6 mois (de décembre 2025 à juin 2026). Il a regroupé : 12 clubs dont 9 représentant les ligues régionales, et 3 clubs retenus dont l’un à titre exceptionnel pour la ligue de N’Djaména (le règlement n’en prévoyait que 2). La compétition s’est déroulée : sur 22 journées et 132 matchs joués (A/R), sans incident majeur enregistré, semble-t-il. Ce qui constitua une première grande réussite pour le président de la LINAFOOT.

En se taillant la part du lion, la FTFA a donné l’impression de s’approprier toutes les réalisations du bilan. Alors qu’il y figurent quelques actions réalisées : du temps du précédent président de la FTFA ; par le CONOR et par un des précédents ministres des sports qui nomma par arrêté, un SG intérimaire à la FTFA, pour gérer les affaires courantes et organiser l’assemblée générale élective, tout comme les actions déjà financées qui sont inscrites dans les programmes de la FIFA, de la CAF et de l’UNIFAC.

Ce bilan suscita quelques réactions des acteurs connus et connaisseurs du football et du sport tchadien, notamment : M. ADJIB KOULAMALLAH, ancien : magistrat, SGA de la FTFA ; membre du jury d’appel de la CAF et président du club Gazelle (plus d’une décennie). Celui-ci publia sur sa page Facebook, un article au titre évocateur intitulé : “Les ingénieurs des travaux finis : anatomie d’un bilan en trompe l’œil”. Hissène Ngaro, huissier de justice et ancien : athlète ; président de la Fédération tchadienne d’athlétisme et du Comité olympique et sportif tchadien ; membre de la Confédération africaine d’athlétisme et actuel président de la Commission juridique du COST. Celui-ci reprocha sur la plateforme “La voix du sport tchadien”, aux rédacteurs de ce bilan : “que faire le travail à moitié, laisse les gens dans l’expectative et faire preuve de cécité intellectuelle”.

Au-delà de l’information, le bilan semblerait avoir, sans doute, pour objet, de valoriser les réussites de M. Tahir Oloy Hassan, à la tête de la FTFA. En effet, haut cadre en fonction dans une importante institution de l’État (ANGE), cela justifierait également, sa compétence et son expérience à gérer la Fédération tchadienne d’escrime qu’il dirigea, dit-on. Mais l’escrime, faut-il le souligner, est un sport individuel peu connu au Tchad. Il regroupe, si tant est-il qu’il existe effectivement, quelques pratiquants licenciés. D’ailleurs, il est même difficile de trouver un pratiquant connu dans un club à N’Djaména ou ailleurs dans la diaspora. À moins que l’intéressé ait pratiqué lui-même cette discipline.

Mais, curieusement, il délaissa cette fédération pour se porter candidat à la tête de celle du football. Peut-être s’est-il rendu compte qu’il s’est trompé de sport, ou aurait-il été, comme on entend dire, missionné expressément par les plus hautes autorités de l’État.  Ce qui n’est pas surprenant car, de nos jours, et partout en Afrique, la fédération de football est un miroir aux alouettes qui représente un enjeu de pouvoir énorme. Raison pour laquelle, elle est l’objet de toutes les convoitises et de fantasmes. D’où, les âpres combats que se livrent, pour son contrôle : les anciennes gloires et stars du football africain : Samuel ETO’O au Cameroun, et Didier DROGBA en Côte d’Ivoire ; mais aussi, des personnes missionnées par les pouvoirs politiques (Maroc, Congo, Sénégal, Tchad, …) ; et des mécènes issus du monde économique et des affaires (Afrique du Sud, Mauritanie, Djibouti, …).

La FTFA n’est pas qu’une simple et petite association sportive. Ce que M. Tahir Oloy Hassan ne sait peut-être pas, c’est qu’elle représente en réalité, non seulement le sport le plus populaire, mais également une grosse structure. Par le nombre de ses pratiquants licenciés ou non, par ses clubs et ligues affiliés, elle est présentée dans les 23 régions du territoire national. Ce qui rend difficile son contrôle, son pilotage et sa gestion. Surtout, pour quelqu’un qui n’a pas une connaissance du football international, et en particulier, du football tchadien et ses multiples problèmes.

Toutefois, maintenant qu’il est à la tête de la FTFA pour un mandat de 4 ans, M. Tahir Oloy Hassan apprendra certainement à ses dépens, les réalités complexes du football et du sport tchadien. Après la victoire électorale, la reconnaissance et le soutien du ministère des sports assurant la tutelle et celle des instances du football international, FIFA, CAF et UNIFAC, arrive le temps des difficultés. Celui-ci commença par les médiocres résultats enregistrés par l’équipe nationale les Sao, engagée dans les différentes compétitions : CAN 2025 et 2027 et CM 2026. Et ce, malgré les moyens considérables et conséquents investis, par la FTFA, l’État tchadien et même la FIFA, dit-on.

De tous les résultats des Sao, les deux derniers enregistrés lors des préliminaires pour la Can 2027 contre le Burundi, un adversaire supposé à la portée, marqueront pour longtemps les esprits. Les scores de 4 buts à 0 encaissés au match aller, au stade olympique flambant neuf Maréchal Idriss Déby Itno à N’Djaména, et un autre 4 à 0 au match retour, à Bujumbura, ont provoqué une grosse déception, voire un désarroi, auprès des jeunes, des acteurs et autres amoureux du football tchadien. Ces deux échecs ont mis à mal tout le football et le sport tchadien.

C’est peut-être, encore sous le choc, que le président Tahir Oloy Hassan a tenté de justifier ces 2 derniers échecs. Et pour ce faire, il choisit manifestement, sans concertation avec son comité directeur et sa direction technique, la plus incompréhensible des stratégies : celle de l’accusation et du dédouanement. Car, accuser publiquement sans détour, cinq joueurs-cadres de l’équipe nationale dont le capitaine, de haute trahison contre leur pays, est ahurissant et ne l’honore certainement pas. Plus maladroit encore est de choisir de le déclarer, sur une télévision privée, ManaraTV, et sur la Radio des citoyens, très présente sur les réseaux sociaux. Cette accusation venant du président de la FTFA, premier responsable du football tchadien, surprend tout le monde. Ce qui fait dire à l’animateur de Radio citoyen, que “c’est une bombe qui vient d’être lâchée”. En effet c’est une bombe, car c’est inédit et sans précédent, dans les annales des Sao et du football tchadien.

Contestée aussitôt par les intéressés, l’accusation faillit se trouver devant la justice tchadienne ou le Tribunal administratif du sport (TAS). Est-ce une maladresse qui aurait dépassé la pensée de l’auteur, comme il semble le reconnaître, plus tard ? Ou une fuite de responsabilité qui ne dit pas son nom ? En tout cas, elle en dit long sur la capacité de maîtrise du président Tahir Oloy Hassan, face à une situation d’échec, comme ce fut le cas. Résolue grâce à l’implication personnelle du ministre des sports, osons croire, avec présentation des excuses aux accusés, cette crise est maintenant derrière. Cependant, il n’en demeure pas moins qu’elle interroge sur les prises de décisions au sein du comité exécutif de la FTFA, à l’exemple de ce qui secoue actuellement la FIFA avec le projet FIFA FARWARD ENTREPRISE (FFE) du président Infantino.

Autrement, il est difficile de comprendre le choix de cette stratégie qui, malheureusement, entacha l’image et affaiblit l’autorité du président. Elle mit également à nu, les limites de la compétence de l’entraîneur des Sao, qui s’y est agrippé opportunément. Sa sortie à côté du président, citant les noms des joueurs et indiquant qu’il ne les prendrait plus en équipe nationale, est un acte grave qui peut être considéré comme une faute professionnelle.

Cette situation étant derrière et qu’il faille repartir sur des nouvelles bases, il faut croire que le président Tahir Oloy Hassan ait tiré toutes les leçons et serait prudent pour le restant de son mandat. Toutefois, il serait plus judicieux pour lui, de s’assoir et d’examiner avec son comité exécutif, la gestion détaillée de leur bilan. Qu’il ne se contente pas uniquement que des marques de reconnaissances et de sympathies manifestées çà et là, des représentations médiatiques, ou des soutiens accordés par la FIFA, la CAF et l’UNIFAC. L’essentiel est de se préoccuper de l’exécution de son programme, car, c’est là-dessus que lui et son comité exécutif sont attendus et seront jugés.

Au stade actuel de leur mandat, personne ne peut nier les efforts consentis, notamment : la relance des compétitions dans toutes ligues provinciales ; l’organisation du championnat national intégral ; les formations des éducateurs et cadres techniques, des arbitres et autres en faveur des ligues, etc. Mais, tout cela nécessite d’être précisé et placé dans les chantiers, pour éviter tout amalgame avec les actions propres prévues et financées par la FIFA, la CAF et l’UNIFAC. La direction technique et les commissions spécialisées, doivent coordonner leurs actions et éviter de se disperser tous azimuts, comme ça l’air d’être le cas. Cela permettra une meilleure visibilité des actions destinées à marquer la refondation annoncée du football tchadien.

Loin de faire la leçon à qui que ce soit, mais, pour mettre l’envol pris dans la bonne direction, la FTFA pourrait s’ouvrir avec humilité aux acteurs du football, sans distinction de génération, les écouter et les consulter au besoin. Le football tchadien serait gagnant s’il joue collectif et non en privilégiant les individualités, fussent-elles plus talentueuses et plus sûres. Le président Tahir Oloy Hassan doit assumer pleinement son rôle de 1er responsable du football tchadien et assurer la défense et la protection de l’équipe nationale les Sao qui représente la vitrine de ce sport au Tchad et ailleurs dans le monde. La refondation prônée dans son programme est à ce prix.

BANGALI DAOUDA Boukar

Bureau d’Etude et Conseils en Sport

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