Pour une stabilité durable et un développement intégré

Dr François Batalingaya, coordonnateur résident et coordonnateur humanitaire des Nations unies au Tchad, fait un plaidoyer à travers un article d’opinion. Un article rendu public sous le titre : “De l’urgence à la résilience et au développement : contribution du système des Nations unies à la paix durable et au développement intégré du Tchad”.

Un plaidoyer suscité par l’annonce des Nations unies, relative à la mobilisation actuelle de 621 millions de dollars pour cette année 2026, destinés à renforcer la résilience, soutenir les services sociaux essentiels, et appuyer les investissements structurants dans les zones vulnérables.

Le contexte du Tchad est tout indiqué, dit-il, marqué par la crise soudanaise déclenchée en avril 2023, et par les efforts nationaux de stabilisation, de consolidation de la paix et de développement, grâce à l’engagement, depuis 3, ans au côté du Tchad, du système des Nations unies. En relevant la priorité liée aux réalités du contexte mondial : “faire plus et mieux avec des ressources limitées”. Depuis le déclenchement de cette crise soudanaise, fait-il observer, le Tchad se retrouve au cœur de l’une des plus graves crises multidimensionnelles dans la région, ces dernières années. Conséquences, rappelle Dr François Batalingaya, “en moins de 3 ans, le pays a accueilli un afflux sans précédent de plus d’un million de réfugiés soudanais et des retournés tchadiens, tout en poursuivant ses efforts de développement et de stabilisation, dans un contexte socioéconomique et sécuritaire contraignant”. Pour lui, cette situation qui exacerbe les enjeux structurels de développement place le Tchad parmi les contextes les plus complexes et sollicite une capacité collective à répondre de manière coordonnée à l’urgence humanitaire, à renforcer durablement la résilience des communautés et à préserver et promouvoir la paix. C’est pourquoi, une action intégrée “humanitaire-développement-paix” telle que développé par le système des Nations unies depuis 3 ans au Tchad, est essentielle. “Lorsque les interventions sont coordonnées, cohérentes et entreprises en synergie, elles produisent des résultats tangibles, même dans les contextes les plus difficiles”, insiste-t-il.

Le coordonnateur résident plaide pour la poursuite et le renforcement du partenariat international, afin de répondre aux défis persistants et de consolider les acquis essentiels à la stabilité du Tchad et de la région. Pour cela, il a axé son plaidoyer autour de cinq points, illustrés par des données et indicateurs d’impacts, obtenus en 2025. Notamment, la pression humanitaire exceptionnelle ; le rôle stratégique du Tchad comme plateforme humanitaire régionale ; les avancées majeures en matière de santé publique ; les investissements en résilience, gouvernance locale, cohésion sociale ; ainsi que la transition progressive vers une approche intégrée “humanitaire-développement- paix”.

 

Renforcer l’intégration multisectorielle et consolider les acquis

C’est le sens de son message, qui revisite le bilan des trois ans d’engagement au côté du Tchad, depuis l’avènement de la crise soudanaise.

Les Nations unies maintiennent leur engagement et plaidoyer, dans le cadre du dialogue des politiques entre partenaires et le gouvernement du Tchad, réaffirme-t-il. Sur plus de 1,2 million de personnes déplacées de force à la fin de l’année 2025, dont 900 000 réfugiés soudanais et plus de 340 000 retournés tchadiens, majoritairement des femmes et des enfants, le gouvernement avec l’appui des Nations unies et les partenaires, a pu relocaliser plus de 957 000 personnes, vers 23 sites d’accueil planifiés, réduisant significativement les risques sécuritaires, sanitaires et de protection. Cela fait du Tchad un véritable pôle humanitaire régional, avec plus de 2 600 convois transfrontaliers qui ont acheminé près de 4,6 millions de tonnes de cargaisons humanitaires vers le Soudan, pour plus de 32 millions de personnes. Des résultats obtenus malgré un sous financement du plan de réponse humanitaire 2025, réalisé à hauteur de 28%, mais qui a permis d’assister 1,6 million de personnes.

Des résultats sanitaires concrets sont constatés, avec plus d’un million de personnes vaccinées en urgence contre le choléra, dont l’épidémie a duré environ 5 mois avant d’être éradiquée en décembre 2025, grâce à une réponse nationale multisectorielle et multi-acteurs coordonnée. Certes, des défis demeurent. Mais ces résultats illustrent “qu’investir à temps dans la prévention et la réponse d’urgence suave des vies évite des crises futures plus coûteuses”, a-t-il fait remarquer.

En 2025, l’appui aux droits humains et à la justice a occasionné la libération des centaines de détenus et l’adoption des cadres juridiques clés. La leçon tirée de ces avancées est que “la stabilité durable passe aussi par l’État de droit, le dialogue et la confiance entre citoyens et institutions”.

En termes d’acquis à consolider, intégrer et à amplifier, le coordonnateur résident rappelle que les Nations unies ont investi entre 2023 et 2025, 692,8 millions de dollars (2023), 863 millions de dollars (2024) et 684 millions de dollars (2025). Un investissement progressif de la réponse d’urgence vers des interventions plus intégrées, qui combine aide humanitaire, transfert monétaire, services sociaux, résilience et gouvernance, pour relever des défis au Tchad. Un partenariat stratégique (Nations unies, Banque mondiale et Banque africaine de développement), qui s’est élargi à d’autres partenaires de développement, pour favoriser une approche plus coordonnée, inclusive et durable. “Un engagement international soutenu, cohérent et intégré n’est pas un luxe. C’est un investissement stratégique dans la paix, la résilience et l’avenir commun”, insiste-t-il.

Un plaidoyer qui intervient au lendemain de la décision du Tchad, de fermer sa frontière avec le Soudan. Ce qui interroge sur cette sortie médiatique du coordonnateur résident et coordonnateur humanitaire du système des Nations unies au Tchad, Dr François Batalingaya.

Roy Moussa

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