Le Projet d’appui au Parlement et aux processus électoraux (Pappe) a lancé ce mardi 16 septembre, les travaux d’un atelier de validation du rapport des missions d’évaluation des conditions carcérales au Tchad réalisé par la Commission nationale des droits de l’Homme (Cndh).
Cet atelier qui a réuni les commissaires de la Cndh, des représentants de l’administration pénitentiaire, des organisations de défense des droits humains ainsi que des partenaires internationaux est de permettre de consolider les rapports issus des missions de terrain réalisés par la Cndh et de formuler des recommandations pour l’amélioration du respect des droits des détenus au Tchad.
Pour la coordinatrice de Pappe Madjiguene Thiam, cette mission a permis à la Cndh de recueillir des informations précieuses, de rencontrer les détenus et le personnel pénitentiaire, et de dresser un état des lieux des conditions de détention au Tchad. « Cet atelier n’est pas seulement de valider le rapport général issu de ces missions, mais aussi de favoriser un dialogue ouvert entre tous les acteurs concernés par la question pénitentiaire : autorités, société civile, partenaires internationaux, experts et praticiens du droit, entre-autres. Cette diversité d’expertises et de points de vue est une véritable richesse qui permettra d’enrichir le rapport, de formuler des recommandations pertinentes et applicables, et d’identifier ensemble les leviers d’action les plus efficaces » appelle Madjiguene Thiam.
Selon le président de la Cndh Belngar Larmé Jacques, 37 des 42 maisons d’arrêt du Tchad ont été visitées par son institution pour collecter les informations qui ont alimenté le rapport, objet de cet atelier de validation. En dépit de l’arsenal juridique remarquable que le Tchad possède, rappelle Belngar Larmé Jacques, les défis à relever pour assurer la protection des détenus et leur garantir des conditions de vie décentes sont nombreux. « Les insuffisances constatées concernent, entre autres, dans plusieurs maisons d’arrêt, la surpopulation carcérale, le non-respect de la séparation des détenus selon leurs catégories, le difficile accès à un logement respectueux des standards, à l’alimentation, aux soins de santé, à l’hygiène, à l’eau et à l’assainissement ainsi qu’aux programmes de réinsertion sociale et de loisir » explique-t-il. Le président de la Cndh a fait comprendre qu’à ces difficultés d’accès aux services sociaux de base s’ajoutent celles liées à l’accès à la justice. Il a cité : de l’insuffisance du personnel judiciaire, pénitentiaire et de celui chargé de la sécurité se traduisant par des tentatives d’évasion répétitives ; du déficit d’avocats dans les provinces limitant l’assistance judiciaire pour les détenus ; de la lenteur dans le traitement des dossiers des détenus au niveau des juridictions ; du dépassement des délais de détention préventive ; du manque des locaux, de moyens roulants à tous les niveaux et de l’insuffisance, voire de l’absence de matériels de travail.
Tout en reconnaissant qu’il y a des défis à relever sur le plan des infrastructures, de la santé des détenus, de l’accès à la justice, ou encore de la formation et des conditions de travail du personnel pénitentiaire, le ministre de la Justice Youssouf Tom a fait comprendre que des réformes ambitieuses sont engagées afin de renforcer l’indépendance de la justice, moderniser l’administration pénitentiaire, et garantir que chaque citoyen, quelle que soit sa condition, bénéficie d’un traitement digne et conforme aux engagements constitutionnels et internationaux. Selon le ministre de la Justice, en mars dernier, une commission chargée du suivi et du contrôle des détentions dans les principales maisons d’arrêt du Tchad a été mise en place. « Les conclusions et recommandations du rapport de cette Commission pour la maison d’arrêt de Klessoum nous ont conduits à donner des instructions fermes pour régler les incartades constatées. D’ores et déjà, pour donner suite à ce rapport, 73 détenus qui ont purgé leurs peines et continuent à être maintenus arbitrairement en prison seront libérés dans les prochains jours », annonce-t-il.
