Une formation de deux jours dédiée au traitement de l’information judiciaire a réuni, les 9 et 10 décembre derniers à N’Djaména, magistrats et professionnels des médias à l’initiative de l’École nationale de formation judiciaire et de l’Union des journalistes tchadiens. Les travaux ont porté sur la compréhension des procédures, la précision des termes juridiques et les exigences liées à la couverture des affaires judiciaires.
Le ministre de la Justice a ouvert la session en saluant l’initiative conjointe de l’École nationale de formation judiciaire (Enfj) et de l’Union des journalistes tchadiens (Ujt), à l’origine de cette formation consacrée au traitement de l’information judiciaire. Il a relevé que la complexité intrinsèque du fonctionnement judiciaire demeure souvent mal appréhendée par les professionnels des médias, donnant lieu à des erreurs d’interprétation ou à des confusions sur la nature des actes judiciaires, objet de cette formation. Le ministre a évoqué plusieurs exemples récurrents, parmi lesquels l’assimilation des réquisitoires du parquet à des condamnations, ou encore la confusion entre auditions, inculpations et détentions préventives. Selon lui, ces approximations contribuent à une désinformation qui fausse la perception du public et nuit à la compréhension des réalités judiciaires. Il a rappelé que la rigueur constitue une exigence fondamentale pour les journalistes spécialisés dans la couverture des questions législatives, judiciaires et jurisprudentielles. Soulignant le rôle structurant de la presse dans l’espace public, l’autorité a insisté sur la responsabilité des journalistes à diffuser une information exacte, vérifiée et dénuée d’intention de nuire. Il a affirmé que les critiques, lorsqu’elles reposent sur des faits établis, s’inscrivent dans le cadre de la liberté de la presse, tout en appelant à un traitement responsable des sujets judiciaires. Le ministre a également rappelé que l’accès à l’information judiciaire demeure encadré par le secret de l’instruction, la présomption d’innocence et la protection de la vie privée, dont la violation expose à des sanctions prévues par la loi. Justifiant l’organisation de la formation, il a indiqué qu’elle porte principalement sur les procédures pénales, fréquemment relayées par les médias, tout en annonçant que des modules complémentaires aborderont ultérieurement les matières civiles, commerciales et sociales. L’initiative vise aussi, selon lui, à renforcer la proximité entre la justice et les justiciables, objectif inscrit dans les réformes en cours. Le ministre a assuré que son département accompagnera les actions destinées à améliorer les compétences des journalistes, précisant que des formations seront déployées dans les provinces à partir de 2026. Il a, par ailleurs, évoqué la perspective d’un projet de modernisation du système judiciaire incluant la digitalisation. Encourageant les participants à l’assiduité et au questionnement, il a recommandé que la formation soit complétée par des recherches personnelles et un recours régulier aux professionnels du droit.
La présidente de la Haute autorité des médias et de l’audiovisuel (Hama), Hamimé Assadya Ali, en tant que régulateur, a pour sa part rappelé que l’accès à l’information demeure un droit fondamental et que sa protection suppose un cadre de travail respectueux des normes professionnelles. Pour elle, la consolidation d’un écosystème médiatique crédible passe notamment par l’adoption de pratiques responsables et par le respect des dispositions légales qui régissent la communication publique. Pour elle, l’enjeu pour les acteurs de l’information est de maintenir un équilibre entre liberté d’expression et obligation de vérification, afin d’éviter toute dérive susceptible de fragiliser la confiance du public. Elle a également souligné la nécessité pour les médias de renforcer leurs compétences techniques et de s’approprier les outils numériques, aujourd’hui incontournables dans la production et la diffusion de l’information. Elle a en outre insisté sur le rôle de son institution dans l’accompagnement des professionnels, affirmant que le régulateur se veut un partenaire dans la promotion d’un espace médiatique pluraliste, soucieux de l’éthique et de la déontologie.
Les volets techniques de la formation
Au cours de l’atelier, plusieurs modules ont été retenus afin de renforcer les compétences des journalistes dans le traitement de l’information judiciaire. Magistrats expérimentés et professionnels des médias chevronnés ont été mobilisés pour conduire cette formation de deux jours, conçue selon une méthodologie participative. La première session, animée par le magistrat Ndoutamian Robert, directeur général adjoint de l’Enfj, portait sur l’organisation et le fonctionnement de la justice tchadienne, les acteurs judiciaires, les institutions juridictionnelles, ainsi que les principaux termes et documents juridiques. L’intervenant a détaillé le déroulement des procès (civils, pénaux ou commerciaux) et insisté sur la nécessité, pour les journalistes, de maîtriser ces mécanismes afin d’éviter les confusions fréquentes dans le traitement de l’actualité judiciaire. Selon lui, l’une des erreurs récurrentes consiste à assimiler réquisitions du parquet et décision de condamnation, alors que les premières ne constituent que des recommandations du ministère public, tandis que la seconde relève exclusivement du juge et possède force exécutoire. Il a également clarifié les distinctions entre mandat de dépôt, d’amener ou de perquisition, ainsi que les notions de garde à vue, prévenu et accusé, dont l’usage imprécis peut altérer la qualité de l’information.
La seconde journée a été assurée par le juriste-journaliste Manga Jean Bosco, qui a orienté les travaux sur la rédaction du compte rendu d’audience, la conduite des interviews judiciaires et la couverture des affaires sensibles (crimes, terrorisme, corruption ou conflits intercommunautaires) tout en rappelant les genres journalistiques appropriés.
À l’issue de la formation, les participants ont salué la pertinence des modules, reconnaissant les difficultés persistantes liées à la compréhension du jargon judiciaire. Ils ont recommandé la création d’un organe dédié aux journalistes judiciaires et l’accréditation de professionnels dans les juridictions afin de réduire les malentendus, une proposition accueillie favorablement par le directeur général de l’Enfj qui s’est engagé à la transmettre aux autorités compétentes.
Lissoubo Olivier Hinhoulné
