Doro est de retour

“Je suis là pour deux objectifs. Préparer le projet d’enregistrement d’un album de musique avec le groupe Kalélé qui a toujours accompagné la regrettée cantatrice maman Eldjima, et le concert du 21 mai 2021 à l’Ift, avec le même groupe”, annonce le jazzman tchadien, résident en France.

La grandeur de notre culture est à l’intérieur de notre musique traditionnelle.

C’est un projet initié en 2017, toujours en chantier, qui va vers son épilogue. Il regroupe un balafoniste, les citharistes de maman Eldjima et Doro avec son saxophone, pour aller vers une proposition musicale originale. Une idée et initiative de Doro dont la démarche jugée intéressante, a eu l’accord de Pierre Muller, le directeur délégué de l’Institut français du Tchad (Ift). Avec son retour, Doro a très vite relancé la machine autour des musiciens retenus, sous l’encadrement technique de Ngodji Nanga Ferdinand, le régisseur général, à l’espace Themacult qui accueille en ce moment la résidence de création. Il a fallu harmoniser le déroulé avec toute l’équipe de l’Ift, pour organiser la suite des répétitions au sein de l’institut, mais parallèlement aussi entrer en studio pour l’enregistrement de l’album.

La particularité de ce projet s’inscrit dans une démarche qui est particulière à Doro. Pour lui, c’est un voyage qui part de l’Afrique vers l’Amérique et revient en Afrique, dit-il. “C’est notre histoire, notre vie. La musique c’est de l’information et la musique que je pratique c’est le jazz, qui est une musique africaine partie en Amérique, qui a rencontré d’autres instruments et d’autres rythmes venant d’Europe. Voilà comment est né le jazz dans le mariage musical entre l’Afrique et l’Europe. Il faut dire que l’aspect le plus fort dans le jazz, c’est l’africanisme qui transparaît, et qu’on ne le dit jamais assez. A partir du moment où l’Afrique a tout donné au monde, il est normal de revenir à la source même du jazz. Les sources du jazz, c’est chez nous. Je ne vais pas rentrer dans les considérations techniques à l’exemple de définir une gamme majeure, mineure, la polyrythmie, le blues, etc. Ce sont les termes des spécialistes pour dire la parole musicale. Ce qui fait vraiment la spécificité de l’art africain, c’est la parole. Et la musique c’est parler !”.

 

Notre musique traditionnelle est en voie de folklorisassions

Notre culture, notre art et notre musique traditionnelle est en voie de folklorisassions, alerte Doro qui estime qu’à un moment donné, cette musique traditionnelle était plus fonctionnelle, mais maintenant, les musiciens traditionnels ne sont pas considérés, parce que l’on pense que c’est du folklore qu’ils font. “La grandeur de notre culture se trouve à l’intérieur de cette musique traditionnelle. Et qui ne respecte pas sa culture, va nulle part. Ce sont des artistes traditionnels d’un très haut niveau technique et spirituel. Je le dis en tant que connaisseur et met au défi les modernes de faire ce que font les traditionnalistes. Notre conservatoire, c’est cette musique traditionnelle qui  est très complexe et pas facile. Non seulement je joue avec ces musiciens baguirmiens, mais j’apprends aussi. L’orchestration est au complet quand les cinq instrumentistes sont présents. Il y a le bao le plus gros instrument, le wandja, le djiremdana qui est médian, le gogo et le dernier. C’est toute une famille dont l’instrumentation vous parle. Le système sonore est très agréable à écouter, mais l’orchestration est d’une complexité incroyable, surtout pour l’instrument : le bao. Pour le moment, nous n’utilisons que trois instruments, mais quand on joue le bao, j’ai l’impression d’entendre des voix humaines. Voilà pourquoi je suis là, pour rendre hommage et remercier le pays pour tout ce qu’il m’a donné. Parce que si je ne suis pas né au Tchad, peut-être que je n’aurais pas été sensible à ce point à d’autres sonorités venues d’ailleurs. Heureusement pour moi, je suis né dans un pays qui a autant de rythmes et de musiques. La vie c’est donner et recevoir ! C’est cela ma démarche”.                                                                                              

Roy Moussa