La culture Moussey transposée à N’Djaména

A l’initiative de deux jeunes artistes moussey (musicen et humoriste), l’association Tapma Culture a été porté sur les fonds baptismaux, et initiée la 1e édition du Festival Mousseyna, du 10 au 12 juillet 2025, à l’Espace culturel Talino Manu.

C’est autour du thème “Culture Moussey en milieu urbain”, que cette manifestation culturelle communautaire, a connu une forte mobilisation et réuni les ressortissants de la communauté moussey vivant dans la capitale ainsi que le public des grands jours présent tout le long de la tenue du festival. “Agui nana ?” : entendez comment allez-vous ? Agui awa (ça va bien), répond à l’unisson le public, pour communier avec le peuple moussey, qui a décidé de transposer sa culture en milieu urbain, pendant 72 heures, à l’effet de la faire découvrir dans toutes ces facettes.

Pour un coup d’essai, ce fut un coup de maître, exceptés quelques pans de l’inorganisation, à mettre sur le dos de l’apprentissage de la gestion d’une manifestation culturelle d’envergure, dans un espace conventionné.

Un seul stand a été consacré aux œuvres et produits artisanaux du terroir moussey, allant d’une poignée d’ouvrages littéraires dédiés à la culture moussey, en passant par quelques objets d’art. Notamment le bouclier, la lance, sagaie, couteau de jet, des paniers en osier pour divers usages, ainsi que des bracelets et autres objets de parures en fer, métal, bronze, etc. Ce sont là certainement quelques échantillons d’objets d’art, à quoi s’ajoutent des mets moussey au stand voisin, des danseurs, cantateurs, cantatrices et quelques invités venus du département de la Kabbia. Les trois cantatrices et les deux cantateurs, n’ont pas trouvé de problèmes à prester, pour le bonheur des ressortissants de la communauté moussey, surtout au niveau des jeunes de N’Djaména qui se sont ressourcés. Les étudiantes moussey de la capitale et d’ailleurs qui se sont retrouvées ont essayé d’exécuter également les danses féminines du terroir avec des pas hésitants. Ce qu’il faut comprendre. Quant aux principales danses moussey, notamment le Kodomma (masculine), Ndalanga (mixte) et Vaiguingua (initiatique masculine), caractéristiques de l’identité moussey, toujours très prisées lorsqu’elles sont exécutées dans des espaces ouverts dédiés, ont été réduites à des exécutions symboliques. Malgré l’accompagnement du public, dans un espace réduit qui n’a pas permis aux danseurs de se lâcher dans toutes les phases d’expressions de beauté qui entourent ces danses. Ce qui a émoussé des appétits inassouvis.

 

Mousseyna, la version jeunesse de Kodomma

Pour ceux et celles qui avaient l’habitude de participer autrefois au festival Kodomma à Gounou-Gaya ou à Gobo (Cameroun), c’est un “remake made by jeunesse moussey” de la version Kodomma qui a eu lieu. Et qui a le mérite de rappeler aux aînés et anciens fondateurs du festival Kodomma, aujourd’hui divisés par des considérations politiques, qu’une communauté demeure d’abord une communauté lorsqu’elle est soudée, unie, solidaire et célèbre ensemble sa culture dans toute sa diversité. Mousseyna descend dans l’arène des festivals communautaires comme un reproche à cet effet aux aînés, qui ont failli pour maintenir une cohésion au sein de la communauté. Or, il est de leur devoir de rester uni, pour transmettre à la jeune génération la culture moussey dans sa diversité. Ce dont admet volontiers le chef de la communauté moussey à N’Djaména, Mahamat Garba. “Beaucoup de jeunes moussey nés et ont grandi en dehors du terroir, ne parlent pas leur langue maternelle. Plusieurs familles moussey urbaines ne communiquent pas dans leur foyer en langue moussey. Elles ne savent pas comment se fait le mariage, quels sont les mets locaux préférés, le sens des chants, danses et couleurs,  la gestion de la polygamie puisque l’homme moussey est par essence polygame, les contes et légendes qui assagissent, l’éducation de la fille et du garçon, les tabous, etc. (…) C’est le lieu de faire la promotion de la richesse artistique locale, et de plancher sur les faits sociaux qui constituent des obstacles au développement en mettant l’accent sur les valeurs positives”, a-t-il relevé.

 

La question de l’union autour de la transmission soulevée

King Ngolo, le directeur artistique du festival, rappelle qu’il est question, à travers ce festival de créer un pont entre mémoire et avenir, tradition et modernisme. C’est pourquoi le festival ambitionne être un cadre de brassage avec les autres communautés sœurs. Ce qui pose le problème de la transmission.

Entre ces deux discours générationnels, la Déléguée du gouvernement auprès de la province du Chari-Baguirmi, Mme Eldjima Abdramane, native du terroir moussey, qui a assisté au festival propose de “faire une évaluation de cette 1e édition à travers une assemblée générale. Puisque nous les aînés avons échoué de réunir périodiquement les Moussey. Nous ne devrons pas nous séparer sans suite à la fin de cette 1e édition”. Des propos très responsables, qui en disent long sur l’orientation à donner à la jeunesse moussey, qui veut ainsi s’approprier sa propre culture pour mieux l’appréhender.

Roy Moussa