Le ministre Halata aborde les questions foncières au Sénat

Ce mercredi 24 juin 2026, le ministre de l’Aménagement du territoire, de l’urbanisme et de l’habitat, Mahamat Assileck Halata, a répondu aux questions des sénateurs lors d’une séance plénière sur la gestion foncière et les problèmes de logement.

Devant la haute chambre du Parlement, le gouvernement tchadien a été appelé à faire le point sur les politiques d’aménagement urbain, de gestion foncière et de prévention des risques environnementaux. Cette audition intervient dans un contexte marqué par la pression démographique sur les centres urbains, la fragilité des infrastructures et la récurrence des risques d’inondation, à l’approche de la saison des pluies. Dès l’ouverture des échanges, le ministre a dressé un diagnostic sans détour d’un espace urbain présenté comme en mutation rapide. N’Djaména, comme plusieurs grandes villes du pays, connaît selon lui une expansion rapide, souvent non maîtrisée, qui fragilise les services de base et complique la planification publique. Dans ce contexte, Mahamat Assileck Halata a défendu la nécessité d’une approche globale, articulant urbanisme, environnement et infrastructures, afin de renforcer la résilience des villes et d’améliorer les conditions de vie des populations.

 

Inondations et assainissement au centre des priorités

La question des inondations a occupé une place centrale dans les débats. Le ministre a rappelé que le programme national de lutte contre les inondations, lancé en 2023 et évalué à environ 150 milliards de francs CFA, constitue l’un des piliers de la politique urbaine actuelle. À N’Djaména, plusieurs chantiers structurants ont été engagés, a-t-il avancé. Il s’agit notamment des travaux de digues dans les zones de Walia-Toukra et Nguéli-Ndouh, pour un coût global de 22 milliards, un projet vivement critiqué par l’opinion qui y voit un détournement, ainsi que de la réalisation de collecteurs dans les 7ᵉ et 8ᵉ arrondissements. À cela s’ajoutent “le renforcement des berges de Gassi, la réhabilitation des stations de pompage du canal Saint-Martin, de Bokassa et de Lamadji, ainsi que la remise en état de plusieurs exutoires et le curage des réseaux de drainage”. Selon le ministère, ces interventions visent à réduire durablement la vulnérabilité des zones urbaines face aux fortes pluies et aux débordements récurrents. Le département en charge de l’urbanisme a également indiqué avoir identifié des besoins d’investissements complémentaires estimés à 30 millions de dollars, destinés à consolider le système de drainage de la capitale.

“Au-delà des infrastructures, le gouvernement met en avant une volonté de moderniser les instruments de planification urbaine”, a affirmé Halata. Le ministère affirme travailler au renforcement des capacités techniques de ses cadres ainsi que de ceux de la commune de N’Djaména, afin d’améliorer la gestion de l’espace urbain. Avec l’appui du projet Pilier (Projet intégré pour la lutte contre les inondations et la résilience urbaine), financé par la Banque mondiale, les autorités ont engagé l’élaboration d’un nouveau Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme (Sdau), appelé à servir de référence pour les futures orientations de développement de la capitale. Dans les provinces, les équipes techniques multiplient également les missions d’évaluation. À Mao, une mission conjointe avec des experts de la Banque mondiale a permis d’analyser les phénomènes de ravinement en vue de la mise en place de solutions durables. Une opération similaire est annoncée à Amdjarass, où les enjeux portent sur la stabilité des sols. Sur le plan territorial, le ministère poursuit le déploiement des Schémas provinciaux d’aménagement du territoire (Spat), qui déclinent les orientations du schéma national 2014-2025. Après le Moyen-Chari, déjà couvert l’an dernier, l’objectif affiché est d’étendre progressivement ces outils de planification à l’ensemble des provinces au cours du quinquennat. Ces documents sont présentés comme des instruments essentiels pour structurer le développement régional et réduire les déséquilibres territoriaux.

 

Un système foncier encore fragile

La question foncière, particulièrement sensible, a été longuement abordée devant les sénateurs. Le ministre a rappelé les procédures légales en vigueur pour l’attribution des terrains, tout en reconnaissant les nombreuses défaillances du système actuel. La gestion du foncier reste marquée par une multiplicité d’intervenants (services administratifs, autorités locales traditionnelles communément appelées boulamas, et acteurs informels) ainsi que par une lenteur judiciaire qui entretient l’insécurité juridique. Face à ces dysfonctionnements, le gouvernement dit préparer une réforme d’envergure. Une Politique nationale foncière est en cours de finalisation et devrait être prochainement soumise au Conseil des ministres. Elle prévoit notamment la refonte des textes hérités de 1967 pour aboutir à un Code domanial et foncier unifié. Ce futur cadre juridique intégrerait également les compétences des collectivités territoriales, les enjeux liés au changement climatique ainsi que la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes dans l’accès à la terre. Le projet envisage en outre la création des chambres foncières spécialisées au sein des juridictions, en collaboration avec le ministère de la Justice, afin d’accélérer le traitement des litiges. Il prévoit enfin un renforcement des mécanismes de protection des terres rurales contre les accaparements, tout en intégrant davantage les pratiques coutumières dans le cadre légal.

 

Le défi du logement social

Dernier point abordé, celui du logement. Le ministre a reconnu que le secteur immobilier tchadien reste dominé par l’autopromotion et marqué par une forte informalité, limitant l’accès des populations vulnérables à un habitat décent. Dans cette perspective, la Société para-étatique de promotion immobilière et foncière (Soprofim), actuellement en phase de restructuration, est appelée à jouer un rôle central dans la mise en œuvre de projets de logements sociaux, avec l’appui des autorités publiques.

 

L’interpellation, un malaise démocratique

Cette interpellation parlementaire, au Tchad, s’inscrit dans un contexte où le contrôle de l’action gouvernementale peine encore à être pleinement assimilé dans son esprit institutionnel. En principe, il s’agit d’un mécanisme démocratique destiné à permettre aux élus d’évaluer l’action de l’exécutif, d’interroger la gestion des politiques publiques et d’éclairer l’opinion. Dans la pratique, l’exercice est trop souvent détourné de sa finalité initiale, au profit de confrontations personnelles et de lectures politisées des enjeux. Lors de cette séance, les échanges autour de la gestion des inondations dans la ville de N’Djaména et de la construction de la digue de Walia ont rapidement pris une tournure tendue. Le ministre Halata, dont la gestion de certains projets d’infrastructures est régulièrement questionnée dans l’opinion en raison de soupçons récurrents de mauvaise exécution et de faible transparence, a été interpellé sur la qualité et l’efficacité des ouvrages réalisés. Les réponses apportées, loin d’apaiser les débats, ont contribué à durcir les échanges. Le sénateur Ibrahim Foullah Wang Laouna, qui a soulevé des préoccupations liées à la gestion des inondations dans la capitale, s’est retrouvé directement pris à partie dans un climat d’échanges vifs. Plutôt que de recentrer la discussion sur l’évaluation des politiques publiques et l’utilisation des ressources allouées aux travaux d’assainissement, la séance a donné lieu à des passes d’armes marquées par des accusations croisées et des répliques personnelles. “Est-ce que c’est normal, au niveau du Tchad, de demander à la Banque mondiale de nous curer nos caniveaux ? Est-ce qu’il n’y a pas de priorités plus importantes (pour le ministère) ?”, a lancé le sénateur Ibrahim Foullah Wang Laouna. “On ne fait pas de belles paroles (…). Je m’adresse aussi à Monsieur Foullah qui a géré la mairie comme on le connaît. Il ne peut pas me démentir (…). Pour certains, ce n’est que le milliard qui compte, et il sait de quoi je parle”, a rapidement répondu le ministre Halata, laissant planer l’accusation.

Lissoubo Olivier Hinhoulné

 

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