L’interpellation le 1er avril 2026, du ministre des Infrastructures et du désenclavement, Idriss Amir Koude, relative aux chantiers d’infrastructures abandonnés et le désenclavement des certaines provinces, a mis à nu la mauvaise gouvernance infrastructurelle.
À l’entame de la journée, une minute est observée en mémoire du député Haoua Outman Djamé, présidente de la commission Affaires étrangères à l’Assemblée nationale, décédée le 26 mars 2026 des suites de maladie en France et inhumée le 29 du même mois au cimetière de Lamadji. Le Président de l’Assemblée nationale, Ali Kolotou Tchaïmi, annonce que passé la période de deuil, il sera organisé par l’Agence nationale de gestion de élections (Ange), des élections législatives partielles à l’effet, de remplacer le poste vacant en absence de poste de suppléance.
La mauvaise gouvernance des chantiers d’infrastructures abandonnés en général, sur toute l’étendue du territoire, est indexée par l’ensemble des députés. Ce qui a occasionné 95 interventions enregistrées. L’exemple de la province du Sila, qui a fait l’objet d’interpellation du ministre en charge des infrastructures, est l’illustration du constat général, déploré par les députés. Chacun ayant trouvé l’opportunité du direct réalisé par la Télé Tchad, pour paraître et donner l’impression de se préoccuper de son département et partant de sa province. Cela a donné lieu à des redondances dans les interventions. Puisque les problèmes et inquiétudes soulevés sont les mêmes, d’une province à une autre, avec quelques exceptions près. Ce sont les chantiers de constructions des hôpitaux, centres de santé, écoles, stades, résidences des gouverneurs dans certains cas, le réseau routier, notamment les voiries urbaines, la construction et le bitumage de certains grands axes routiers, ainsi que les pistes rurales et les ponts complètement dégradés, qui ne facilitent pas les déplacements inter localités, qui sont restés inachevés ou non entamés, etc., tout comme la mauvaise qualité des ouvrages construits de manière non durable, pour la plupart depuis plus d’une dizaine d’années, qui concerne quasiment toutes les provinces.
Grand fossé existant entre les déclarations officielles et les réalités de terrain
C’est la réaction de l’auteur de la question orale, le député Mahamat Adef Adam, relative à la province du Sila, sur les raisons des arrêts des chantiers, les mesures de relances et comment le département entend désenclaver ladite province. Après avoir entendu l’exposé du ministre, qui parle plutôt des suspensions prolongées et non d’abandon de chantiers. Selon le ministre, “les causes principales sont d’ordre financier et économique, liées à la crise de 2015, qui a occasionné une insolvabilité temporaire. Pour relancer les chantiers, une enveloppe spécifique dédiée est intégrée au budget 2026, pour ce qui concerne les infrastructures de l’éducation et la santé, dont les taux de réalisation dépassent 50 %. Des concertations s’organisent pour la relance progressive de ces chantiers. Le désenclavement du Sila est inclus dans le projet de construction du réseau routier du Tchad”, a tenté de rassurer le ministre.
Sa réponse n’a pas rassuré les députés, encore moins l’auteur de la question qui situe que depuis 2012, tous les chantiers démarrés sont suspendus entre 2013 et 2021. “Comment expliquer que des entreprises payées jusqu’à 90 % d’avance, ne puissent pas finir les chantiers ? Qui porte la responsabilité du payement des entreprises qui n’exécutent pas leurs contrats ? Sila est une province riche mais étouffée. Une province qui ne demande pas la charité mais la justice dans la réalisation des infrastructures de base (…)”, fait-il remarquer.
La député Halimé Seid Bauche renchérit : “Quel sort réservez-vous aux entreprises qui ont perçu entre 30 et 80 % du montant sans réaliser les chantiers, à l’exemple de celui du chantier de Goz Beida ?”.
Le député Gomla Robert fait observer que “dans le Mont Illi, l’axe Ham-Fianga est impraticable et Kélo-Pala distant de 110 km a bénéficié d’un décaissement de 35 milliards francs CFA sur les 58 milliards prévus, pour 9 km de réalisation”. Cela interroge.
Le Logone oriental dispose de 1112 puits de pétrole, sans une route ou piste aménagée pour relier les localités, déplore la député Fatimé Alladoum Nadingar. Elle s’est également interrogée sur le projet de bitumage de 25 km dans la ville de Doba, la capitale de l’or noir. Sa collègue Bonyo Pervalyne lui emboite le pas pour se soucier des Mont de Lam, notamment de Baïbokoum qui demeure enclavée.
Un autre cas est celui de la transsaharienne, dont le projet a démarré depuis 2018, pour une réalisation de 18 km, a attiré l’attention du député Koubra Choukou Soultani, qui s’est interrogée sur ce qui entrave sa réalisation.
Le député Abderamane Djasnabaille relève que la question des infrastructures a une importance capitale avec des répercussions vitales, qui sont des défis à relever. Puis s’est intéressé au bitumage de l’axe rond-point gazelle qui se prolonge à Gassi. “Est-il financé ou non ?” a-t-il voulu savoir.
Le député Allangom Bessadingar relève que le fait qu’il est prévu le bitumage d’ici 2030 de 7 000 km de route. Cela va nécessiter 4 000 milliards de francs CFA. “Par quel mécanisme de financement va-t-on obtenir cet argent”, a-t-il interrogé.
Une brèche dans laquelle la plupart les députés s’y sont incrustés pour soulever également leur préoccupation, allant dans le même sens, tant les exemples sont légions et s’apparentent d’une province à l’autre.
Les préoccupations relatives aux axes Sarh-Maro-Sido- Rca ; Kélo-Pala-Léré-frontière Cameroun ; Pala-Torock-Tikem-Fianga-Ham ; Abéché-Goz Beida-Am-Timan ; Koumra-Moïssala par Doro ou le pont est dégradé depuis plus de 20 ans, etc. sont revenus plusieurs fois dans les interventions. Les députés du grand BET, du grand Kanem ainsi que des autres provinces n’ont pas été du reste. Chacun estime que sa province ou du moins son département est prioritaire. Au grand dam du Pan Ali Kolotou Tchaïmi qui s’évertue à leur rappeler que leur mandat est national. Mais cette occasion d’interpellation est toute trouvée pour libérer le ressenti de chacun. Au point où le député Souleymane Abakar s’est interrogé si le ministre dispose de la liste exhaustive de tous les chantiers d’infrastructures de base abandonnés. Est-ce qu’il ne faut pas prioriser ces chantiers abandonnés, au lieu d’envisager d’autres infrastructures dans le cadre du Pnd 2030 ?
C’est dans cette atmosphère pleine de scepticisme à l’hémicycle, qu’est intervenu le remaniement du gouvernement, qui a distrait plus d’un député et détourné leur attention de la gestion chaotique, peut-on dire, des chantiers d’infrastructures abandonnés ou non entamés, dans quasiment toutes les provinces du Tchad.
Roy Moussa
