Les victimes collatérales de la grève

Deux semaines de grève, deux semaines de statu quo dans les négociations. Le maintien du mot d’ordre de grève a provoqué la  colère dans les structures de formation et au sein des corporations du milieu éducatif.

Les élèves des lycées de Gassi, dans le 7ème arrondissement, et de Walia, dans le 9ème arrondissement, ont manifesté leur colère au début de la semaine écoulée. D’ici et là, ils ont mis en débandade les élèves des établissements privés qui ont regagné les salles de classe après la levée de la mesure portant confinement de la ville de N’Djamena. Un mouvement qui a très vite provoqué des affrontements avec la police. Deux jours plus tard, quelques établissements privés sont contraints de suspendre les cours suite aux attaques des manifestants.

“Actuellement, certains établissements sont obligés de refermer leurs portes par mesure de sécurité pour éviter d’autres attaques. Ces établissements privés sont plus victimes de cette grève. Parce que nous avons assisté à une discrimination vis-à-vis des établissements privés dans l’accompagnement à la reprise  des cours”, déplore le président des Associations des fondateurs d’établissements scolaires privés laïcs du Tchad, Oumar Kemdé.

Pour le pédagogue et enseignant chercheur à l’université de Ndjamena, Djimrassem Thales, l’avènement de la pandémie virale est un coup de grâce administré au  système éducatif tchadien. “Avant la pandémie, le Tchad cumule tous les tristes obstacles à l’éducation. Les indicateurs concernant la qualité de l’éducation sont explicites, révélant un système peu efficient dans les apprentissages et le devenir des élèves ayant la chance d’être scolarisés. C’est dans cette situation lamentable que le corona virus est venu bouleverser tout le système, provoquant la prise des mesures telles que le passage automatique en classe supérieure, la désorganisation du baccalauréat par les autorités, etc.”, analyse-t-il, dans une conférence de presse donnée au milieu de la semaine passée.

Pour le pédagogue, cet enchaînement de blocus a des retombées néfastes, particulièrement, sur les plans scolaire et social.  Sur le plan scolaire, au primaire, la suspension actuelle des activités pédagogiques aura des répercussions sur la qualité des apprentissages des élèves et sur la consolidation de leurs acquis scolaires.

La fermeture prolongée des écoles est un facteur de démotivation et de désengagement des élèves et parents. Ce qui augmente le risque de déscolarisation pour les familles les plus vulnérables. Par contrainte ou sur incitation des familles, les enfants peuvent se trouver dans des situations d’exploitation pour contribuer à l’amélioration des revenus de leurs familles. Les filles sont particulièrement exposées à ce risque ainsi qu’aux risques de grossesses, de mariages précoces ou d’exploitations sexuelles ”, prévient-il.

Au niveau du supérieur, le cas de de l’université de N’Djaména est simplement lamentable. Ici, même l’année académique 2019-2020 n’est toujours pas achevée. Etudier à l’université de N’Djaména est un véritable parcours du combattant, commente Djimrassem Thales.

Au sein de la Fédération nationale des associations des parents d’élèves du Tchad (Fenapet), l’on se dit désemparés par cette situation qui perdure depuis 2016, et qui affecte les conditions de l’enseignement et de la formation. Pour le président de la Fenapet, Bamaye Mahamadou Boukar, il faut mettre le devenir des élèves au centre des réflexions. Il informe que son organisation mène des démarches pour concilier les deux parties, même si les positions se durcissement chaque jour un peu plus. “Nous sommes en train de mener des démarches auprès du gouvernement et de la plateforme pour une médiation qui va satisfaire les deux parties, parce que l’éducation de nos enfants nous tient à cœur”, annonce-t-il. Le président de la Fenapet propose que des solutions alternatives soient trouvées. “En attendant une satisfaction des grévistes, il faut trouver une possibilité d’instaurer un service minimum dans les établissements, en mettant à contribution les compétences des vacataires et maîtres commentaires recrutés par les parents d’élèves”, propose-t-il.

Devant cette situation, les regards sont orientés vers le gouvernement dont la réaction est déterminante.

Nadjindo Alex