Vie précaire des femmes et enfants à Matafo

La malnutrition est devenue une maladie endémique, très difficile à endiguer dans la province du Lac, et la santé de reproduction une préoccupation. De l’Hôpital provincial de Bol, en passant par les districts sanitaires (Ds) et centres de santé (Cs) de diverses localités de la province, le spectacle est le même, qui vous fend le cœur, lorsque vous visitez les services des unités nutritionnelles thérapeutiques (Unt) ou ambulatoires (Una). L’exemple de la localité de Matafo illustre à suffisance la précarité de la vie des enfants et des femmes.

Des enfants malnutris aux regards tantôt vides, inexpressifs ou apeurés. Leur peau flasque avec quelques fois des œdèmes aux pieds colle sur les os. Ils sont ainsi nombreux dans les bras ou à côté des mamans qui tentent de vous sourire, les visages marqués par une fatigue intense et l’anxiété. Des scènes similaires, difficilement soutenables, traduisent les réalités implacables d’une structure sanitaire à l’autre. Les responsables saluent les interventions pertinentes du partenaire Unicef, qui les appuie dans plusieurs domaines. Face à la réduction drastique des moyens des partenaires sur le plan mondial, dédiés en appui à ces interventions, il est à redouter à redouter le pire, de voir simplement ces efforts consentis péricliter si l’État n’y prend pas garde. La province du Lac, est déjà très fragilisée par l’insécurité liée aux attaques récurrentes de la secte Boko haram, qui occasionnent des déplacements massifs des populations insulaires, avec des conséquences néfastes sur les populations.

À quelques encablures de la ville de Bol, la localité de Matafo peuplée de 7 757 âmes, située à l’ouest, dispose d’un centre de santé créé en 2020. En son sein est installée une unité nutritionnelle ambulatoire. Le centre dispose d’un bâtiment de trois salles, avec une dépendance de deux pièces construite en argile, qui sert de salle de soins et de cuisine. Les services existants sont le Pma complet, la nutrition, les consultations prénatales, la santé de reproduction et la vaccination. Des services qu’appuie justement le partenaire Unicef. C’est sous les arbres que le personnel s’active à prendre les paramètres des enfants qui sont accueillis ou référés.

 

La santé précaire des femmes enceintes et enfants s’illustre

Dame Aissa Bany, la responsable du Cs de Matafo, tente de rassurer, par des propos aux allures de baume, mais qui cachent des préoccupations profondes. Ce 6 mai 2026, elle nous présente dame Kadidja Mbodou avec son rejeton Ali Abakoura de huit mois, complètement guéri de la malnutrition après deux mois de soins et de suivi. Ali présente un embonpoint, le visage rond mais les yeux un peu apeurés. Ce qui démontre que la malnutrition peut être vaincue si …

“Au mois d’avril 2026, nous avons enregistré et traités 127 enfants malnutris. Ce nombre est élevé à cause d’un camp de déplacés internes non loin d’ici. Malheureusement, depuis un certain temps, ces déplacés ne bénéficient pas d’un appui ou soutien quelconque et sont abandonnés à eux-mêmes. Ce qui fait qu’il y a trop d’enfants malnutris, et tout autour d’eux, il y aussi un camp des nomades. L’Unicef nous appuie dans l’approvisionnement en intrants nutritionnels. Notre plaidoyer est que l’Unicef continue surtout à faire en sorte qu’il n’y ait pas de rupture, afin d’éviter que les enfants guéris connaissent des cas de rechute. Jusque-là, nous n’avons jamais enregistré de décès lié à la malnutrition”, témoigne-t-elle. Elle se réjouit que les autres services qui bénéficient de l’appui du même partenaire Unicef connaissent des améliorations, dans le domaine de la vaccination, ainsi que celui de la santé de reproduction, comparativement au passé en ce qui concerne les consultations prénatales (Cpn). “Grâce à l’appui de l’Unicef, nous faisons des consultations avec dépistages actifs lors des Cpn et des dépistages systématiques également à l’exemple de celui du Vih. Puisque maintenant, nous faisons des Cpn recentrés avec une prise en charge complète, avec un travail de sensibilisation en amont des relais communautaires sur les dangers liés à la grossesse, ce qui fait que les femmes viennent nombreuses. Par rapport aux accouchements assistés, je suis satisfaite parce que nous avons une cible mensuelle de 31 accouchements par mois, mais nous arrivons à un nombre de 27 à 28, ce qui nous donne un taux de de 95 à 96%”, renseigne-t-elle. Cette performance, confie-t-elle, est due à une stratégie mise en place, qui consiste à motiver les matrones moyennant un payement de 500 francs CFA par femme en travail, lorsqu’elles les accompagnent au centre de santé pour accoucher. Mais cela n’exempte pas le centre de santé de Matafo des difficultés. “Pour un grand centre de santé comme celui de Matafo, nous ne sommes que trois personnels de l’État. Si nous pouvons être renforcés en ressources humaines, cela nous aiderait parce que par période, nous avons trop de cas de morbidité lié au paludisme. L’autre difficulté est que nous travaillons avec les moyens de bord et faisons ce que nous pouvons. Par exemple pour le référencement, le centre de santé le plus proche est à 29 km d’ici, qui n’a pas d’ambulance comme nous aussi. Quand une femme enceinte connaît des complications liées à sa grossesse, il est très difficile, voire quasiment impossible, de la déplacer jusqu’ici. Que faut-il faire dans ce cas ?”. Une question qui interpelle qui de droit.

Roy Moussa envoyé spécial

 

 

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