« Savoir pour agir »
L’association Racine et Vigilance, accompagnée de l’Incubateur social toumaï connect (Istc) a organisé une journée dénommée « Savoir pour agir » le samedi 26 septembre, sur la mise en œuvre d’un programme de prévention communautaire contre les boissons alcoolisées frelatées dans la province du Mayo-Kebbi Ouest.
Selon l’enquête réalisée entre août et septembre 2026 par l’Incubateur social toumai connect et Racine et Vigilance avec les associations, adultes, vendeurs, professionnels de santé, leaders communautaires et jeunes, 74,5 % des adultes interrogés déclarent ne pas savoir ce que contiennent réellement les produits vendus à bas prix, ainsi que sur les 24/29 vendeurs disent ne pas connaître la composition ou ne pas avoir cherché à la connaître. Les jeunes, quant à eux, 23/30 trouvent ces boissons très facilement accessibles près de leur école ou domicile et 10/30 déclarent qu’un vendeur leur en a déjà proposé directement ou à des camarades. L’enquête révèle que sur 23/30 rapportent des violences subies par eux-mêmes ou un ami du fait de l’ébriété d’un proche. Dans le système de santé, selon l’enquête, 11/15 ne disposent d’aucun protocole de prise en charge, 13/15 n’ont jamais reçu de formation adaptée et 10/15 ne connaissent aucune structure de référence. Dans le cadre de cette enquête, 215/217 associations se déclarent prêtes à participer à une action de sensibilisation, 54/55 adultes participeraient à une campagne si elle est bien expliquée, 18/18 leaders se disent prêts à soutenir officiellement l’action.
D’après les résultats présentés à l’assistance composée majoritairement des fils du Mayo-Kebbi Ouest, l’urgence est d’agir le plus tôt possible pour sauver les autres.
La Coordinatrice de l’association Racine et Vigilance, Sobdibé Kemaye, a fait comprendre que si cette association a vu le jour, cela a été impacté par une scène banale et triste qu’elle a vécue lors de son passage dans son village, où à 10h, un jeune garçon est allongé à même le sol suite à la consommation de l’alcool frelaté et cela n’indigne personne de son entourage. « Ce qui m’a peut-être révoltée, c’était la manière dont son entourage semblait considérer cette situation comme presque normale. Comme si voir un jeune homme terrassé par l’alcool à dix heures du matin faisait désormais partie du paysage. Comme si nous devions simplement le regarder, attendre qu’il se relève et continuer notre journée », rapporte-t-elle. Ses interrogations ont donné naissance à l’association Racine et Vigilance et grâce à l’Incubateur social toumai connect un travail de terrain a été fait, dont l’enquête présentée. « Nous ne gagnerons pas ce combat en désignant des coupables, nous devons protéger les jeunes sans les condamner, nous devons travailler avec les familles sans les culpabiliser, nous devons dialoguer avec les vendeuses et vendeurs, dont certains vivent de ce commerce, sans les traiter tous comme des ennemis, et nous devons permettre à l’État, aux professionnels de santé, aux autorités traditionnelles, aux associations, aux jeunes et aux communautés de jouer chacun leur rôle », relève-t-elle.
’Gong-Hibé Kerahn Fernand, promoteur de Charisma Life (leadership et entrepreneuriat), qui a parrainé cette action, met l’accent sur l’accompagnement parce que, selon lui, après avoir informé des méfaits de l’alcool frelaté, sur la prévention, il faut un accompagnement. « Une politique de prévention qui ferme une porte sans chercher à en ouvrir une autre risque de déplacer le problème au lieu de le résoudre ».
Le coordonnateur national de la police sanitaire du Tchad a rappelé le Décret N°2835/PCMT/PMT/MSPSN/2022 du 5 septembre 2022, portant interdiction de l’importation, de la fabrication, de la détention, de la circulation, de la vente, de l’offre et de la consommation de toutes les boissons alcoolisées frelatées au Tchad. Les membres de la Croix-Bleu, le Centre diocésain de la recherche action en alcoologie (Cedira), ont quant à elles salué le travail fait par l’équipe et les encouragent dans cette lutte qu’elles mènent déjà depuis des années et accompagneront techniquement l’équipe.
Lors de cette journée, une collecte de fonds a été lancée pour aider l’équipe à aller sur le terrain et débuter avec les formations avant d’entamer la phase de sensibilisation.
