Le directeur de l’école pilote du centre B, Ahmat Sanga et son inspectrice pédagogique de Bol urbain, Mme Palouma M. sont formels. Leur constat est que tout est au rouge dans les écoles primaires dans le Lac. Pour eux, les interventions de l’Unicef relatives à l’éducation dans la province sont à encourager et l’État doit assumer son rôle régalien dans le domaine de l’éducation.
L’école pilote de centre B, créée en 1950, est séparé de l’hôpital provincial de Bol par la clôture. Aujourd’hui, si l’Unicef n’existe pas, il n’y aurait pas d’école à Bol, lâche sentencieusement le directeur Ahmat Sanga. “L’Unicef nous a construit 7 salles de classes fonctionnelles, 2 blocs de sanitaires avec 4 latrines et 2 salles d’eau. Nous avons bénéficié de l’Unicef des kits scolaires pour les enfants et des matériels didactiques pour les enseignants. L’Unicef nous appuie de jour en jour, nous ne pouvons que nous réjouir et remercier cette agence des Nations unies pour toutes ses interventions en notre faveur”, témoigne le directeur Ahmat Sanga. Avant l’intervention de l’Unicef, se rappelle-t-il, l’école était presque inexistante. Depuis 2016, date du début des interventions de l’Unicef, les choses se sont améliorées au point où le nombre des élèves a augmenté de manière exponentielle, mais malheureusement tous démunis, ajoute-t-il. Ahmat Sanga reconnaît que quelques fois, il s’est vu obliger de prélever sur le matériel didactique destiné aux enseignants, des bâtons de craies pour aider les plus démunis d’entre eux, pour une situation qui continue de perdurer à ce jour 5 mai 2026, lors de la visite effectuée au sein dudit établissement.
Malgré toutes les interventions et appuis observés, les besoins ne manquent toujours pas. “Notre souhait est que l’Unicef nous appuie en personnel enseignant, puisque l’une des difficultés que rencontre l’école en ce moment est le manque d’enseignant. Nous avons 832 élèves pour 7 enseignants, dont 6 de l’État et un maître communautaire pris en charge par l’Association des parents d’élèves”. Ici, le ratio est d’au moins 118 élèves par enseignant.
L’autre aspect des difficultés, relève le directeur est le manque criard des salles de classe. Certes, l’Unicef a construit des salles de classe, mais cela ne sécurise pas les enfants puisque l’école n’a pas de clôture. C’est un “grand souci”, qualifie le directeur. Quand il fait chaud, les enseignants sont obligés d’ouvrir les fenêtres qui donnent directement sur la rue. Ceci expose les enfants à des risques. “Si l’Unicef peut encore nous aider à clôturer l’école, ce sera un grand soulagement pour nous. Surtout, avec les évènements qui se passent actuellement dans la province du Lac, cela ne nous rassure pas”, s’inquiète le directeur, qui fait de cet aspect un plaidoyer. Puis, il ajoute fièrement que le taux de réussite dans son établissement avoisine 91%.
Des écoles publiques tributaires de la cantine scolaire
L’inspectrice pédagogique de l’enseignement primaire urbain de bol, Mme Palouma qui complète son directeur, mentionne que les écoles publiques de la province sont tributaires de la cantine scolaire. Elle déplore avec insistance le manque criard d’enseignants qualifiés. Car, dit-elle, sous sa responsabilité dans toute la province de 139 enseignants dont 59 sont de l’État et 80 des maîtres communautaires. Avec un effectif total d’élèves de l’inspection de Bol urbain de 12 619 élèves dont plus de 50 % de filles (plus 6 423). “En 2017, nous avons fait un recrutement pour le compte de l’Unicef de 360 enseignants maîtres communautaires pris en charge par l’Unicef, ce qui nous a renforcé. Maintenant que l’Unicef ne s’occupe plus de ce volet (recrutement des enseignants), nous avons vraiment des soucis. Les parents sont misérables au point où ils ne peuvent pas prendre en charge le subside des maîtres communautaires, voilà pourquoi, ils nous ont tous lâchés”, dit-elle. Quand ces derniers s’engagent à prendre en charge un maître communautaire qu’il faut payer à 40 000 francs CFA par exemple, ajoute-t-elle, ils versent deux ou trois mois de subside et après plus rien, déplore-t-elle.
Des effectifs pléthoriques circonstanciels
L’inspectrice pédagogique admet que les effectifs pléthoriques dans les salles de classe sont circonstanciels. Au cours préparatoire 1ère année, par exemple, il est inscrit à l’angle du tableau un effectif de 150 élèves dont 79 garçons et 71 filles. Au même niveau 2ème année, c’est un effectif de 96 élèves dont 61 garçons et 35 filles. En réalité, observe la pédagogue, sont inscrits au Cp1 surtout, des élèves qui n’ont pas l’âge requis d’aller à l’école. L’astuce pour les parents est de coller ces bambins aux basques de leurs aînés, afin de leur faire profiter de la cantine scolaire et pouvoir manger au moins un repas chaud par jour. “On ne peut pas les renvoyer. Si oui, le directeur va avoir des problèmes avec les parents. Ce qui fait que l’effectif des élèves n’est pas réel, tout comme le taux des redoublements qui va crescendo, à cause de ce phénomène. Finalement, nous avons demandé aux enseignants de ne pas les comptabiliser pour ne pas gonfler les statistiques de manière abusive”, fait observer Mme Palouma. Cette situation est la face visible de l’iceberg, parce qu’elle ne se constate rien qu’en milieu urbain.
En milieu rural, la situation est encore plus alarmante. Elle devient véritablement préoccupante. “Lorsque vous parcourez les écoles primaires en milieu rural, vous avez des salles de classe qui contiennent 180 à 190 élèves, avec des enfants en classe de Cp1 âgés de 2 à 3 ans. Avec le plus souvent un seul enseignant pour un cycle complet. Ce qui est une situation très compliquée. Vraiment, nous ne faisons que de la maintenance”, dit-elle. Chaque fois elle remonter ces informations à travers des rapports à la hiérarchie, notamment la délégation de l’éducation nationale, mais pas de solutions et rien ne change.
Un autre fait en milieu rural dans la province du Lac est la scolarisation des filles. Les partenaires multi acteurs, notamment l’Unicef, le Pam et les autres développent la stratégie d’encourager la scolarisation des filles. Ils la soutiennent avec des prix d’excellence en numéraire. Conséquence, le taux de fréquentation des filles augmente pendant que celui des garçons chute drastiquement. “J’ai effectué une tournée à la fin de l’année scolaire passée, en milieu rural. Dans une école à cycle complet, j’ai trouvé une classe de cours élémentaire première année où il n’y avait qu’un seul garçon pour tout l’établissement. Surprise, j’ai convoqué une réunion avec les parents d’élèves pour m’enquérir de cet état des faits. Ils ont répondu que puisqu’on donne de l’argent aux filles, ce n’est pas la peine que les garçons continuent l’école pour perdre leur temps. Ils préfèrent retirer leurs garçons pour leur apprendre la pêche et d’autres métiers pratiques”.
“Je remercie beaucoup l’Unicef surtout, qui nous aide beaucoup, à travers des appuis multiformes, sans oublier les autres comme le Pam qui fournit la cantine scolaire. Mais je demande au gouvernement de penser à nous surtout, pour le personnel enseignant qui est inexistant. Au niveau de Bol urbain, nous avons 43 écoles dont 36 sont fonctionnelles, avec 3 ou 4 écoles à cycle incomplet”, plaide l’inspectrice pédagogique. Elle poursuit que les écoles à cycle incomplet sont gérées par des maîtres communautaires, et que toutes les écoles à cycle complet pourvues de cantines scolaires, sont des écoles de l’État. Non loin de Bol derrière un bras de lac, l’école existante est fermée parce qu’il n’y a pas de cantine scolaire là-bas. Ce qui fait que tous les élèves se retrouvent à Bol à l’école pilote de centre B, pour bénéficier de repas, renseigne-t-elle. “Quand il y a rupture de cantine scolaire, les élèves ne viennent pas à l’école, alors je me demande quand les cantines scolaires seront supprimées, l’école primaire existera-t-elle au Lac ?” Question pertinente au regard des ressources des partenaires dont l’Unicef, qui s’amenuisent drastiquement, et dont les priorités sont en train d’être réorientées. Ce qui devrait interpeller l’État.
Roy Moussa
