La récurrence des attaques armées de la secte Boko haram dans la province du Lac, dont les dernières en date remontent au 4 et 6 mai 2026, a amené le gouvernement à décréter un État d’urgence du 7 au 27 mai 2026 dans la province et trois jours de deuil national sur l’ensemble du territoire. Une situation qui, non seulement endeuille les tchadiens, mais exacerbe également les indicateurs de développement local, malgré les efforts soutenus du gouvernement et des partenaires multi acteurs. Le secrétaire général de la province du Lac, Ndjilema Mitterrand en parle dans cette interview à NDJH.
Monsieur le Secrétaire général de la province, comment se porte la province qui vient d’être une fois de plus attaquée par la secte Boko Haram ?
Nous vous remercions de l’occasion que vous nous donnez pour parler de la province du Lac. La situation de la province, comme tout le monde l’appréhende, continue d’être menacée d’insécurité perpétrée par la secte Boko haram, depuis 2015. Depuis lors, cette situation persiste, malgré les efforts que consent le gouvernement, pour éradiquer ce phénomène, afin de restaurer la sécurité et la stabilité dans ladite province.
Du point de vue sécuritaire, nous avons fait beaucoup d’efforts du côté gouvernemental et des autorités locales. Nous avons dans la province, deux commandements opérationnels à Bagasola et Daboua, poste frontalier avec le Niger. Nous sommes frontaliers avec trois pays et le bassin du Lac-Tchad est un bassin conventionnel exploité par les quatre pays. Autour de ce bassin, nous avons des zones insulaires à haute insécurité où il est difficile que l’armée puisse prendre le contrôle. Parce que malgré ces efforts, ces bandits opèrent toujours. Mais l’État a pris des dispositions nécessaires pour interdire l’accès de ces zones de haute sécurité aux civils. Malgré cela, l’être humain étant ce qu’il est, certains en complicité avec Boko haram, infiltrent toujours nos dispositifs et fournissent des informations sur nos forces de défense et de sécurité à ces bandits, qui perturbent la quiétude de nos populations.
En ce qui concerne les domaines de la santé et de l’éducation qui sont deux piliers fondamentaux du développement d’un pays, et partant de la province, beaucoup de défis restent à relever, bien que le gouvernement continue de faire des efforts. Mais ces attaques répétées ont fait déplacer les populations insulaires de leur zone de confort. Ces populations ont quitté leur résidence et se sont déplacées avec les enfants, abandonnant l’école, les champs et sans soins ni traitements appropriés, pour se retrouver sur des sites inadaptés où les ressources deviennent rares et difficiles. Imaginez un enfant qui n’a pas mangé, comment peut-il tenir à l’école ? Certains parmi ces enfants ont perdu des parents donc se retrouvent sans repère ni encadrement. À ce niveau, l’appui des partenaires multi acteurs est indispensable et non négligeable. Par le passé, l’exemple a démontré que le Pam à travers la cantine scolaire, a permis de maintenir les enfants à l’école et leur suivi avec les kits scolaires fournis par l’Unicef. Maintenant avec le tarissement des ressources, nous sommes confrontés à des difficultés pour maintenir ces enfants à l’école et surtout sur l’accès des soins de qualité. Ces défis demeurent toujours dans les zones insulaires où vit une partie de la population, et comment y accéder pour donner des soins aux populations, ou les faire bénéficier des services sociaux de base. Il arrive que quelquefois, on utilise nos forces de défense et de sécurité pour fournir l’aide ou l’assistance à cette catégorie des populations dans les îles.
Qu’est-ce qui empêche à ces populations de venir s’installer ici à Bol, pour bénéficier des services à cause de l’insécurité qui sévit dans ces îles, le temps de l’éradiquer ?
Comme je l’ai dit, les défis sont énormes. Cette population est habituée à la pêche, à l’agriculture et à l’élevage. Avec la démographie galopante, l’accès aux ressources devient difficile pour elle hors de sa zone habituelle. Elle a des problèmes pour s’adapter. Essayez de faire un tour sur les sites de ces déplacés. Malgré l’effort du gouvernement et des partenaires, les assistances ne sont pas suffisantes. Il faut songer à aménager des terres agricoles pour leur permettre de labourer, sécuriser les zones de pêche, parce que la province est une zone agro-sylvo-pastorale et on ne peut se passer de ces trois activités fondamentales qui constituent des activités économiques prioritaires.
En faisant un tour à l’hôpital provincial de Bol, on s’est aperçu qu’il y a un grand nombre d’enfants malnutris, dans une zone agro-sylvo-pastorale riche en ressources naturelles. Comment l’expliquez-vous ?
Comme je l’ai dit tantôt, des populations quittent leur zone de confort pour se retrouver dans des zones où tout le monde a les mêmes besoins en ressources. Ça ne suffira pas pour tous. C’est pourquoi, il est nécessaire que les partenaires puissent davantage fournir des efforts au côté du gouvernement, comme ils l’ont toujours fait, pour y remédier. Or il s’avère que les assistances et appuis des partenaires, non seulement s’amenuisent, mais s’orientent ces derniers temps vers l’Est. Ce qui fait que le la province est en train d’être abandonnée à son triste sort.
Je profite de votre micro pour lancer un appel aux partenaires pour toujours œuvrer au côté du gouvernement, singulièrement pour la province du Lac, qui vit une situation particulière, pour rétablir la stabilité et la stabilité dans la province.
L’amenuisement des ressources des partenaires dans les assistances et appuis multiformes au développement local s’amenuise. Qu’est-ce qui en train d’être fait pour combler ce Gap le moment venu et reprendre la main ?
Au niveau local, avec le concours du gouvernement, des efforts s’effectuent. Nous avons ici élaboré un plan local de développement et de sécurité, qui est déjà adopté. Il ne reste que la mobilisation des ressources pour sa mise en œuvre. Nous faisons des efforts pour la résilience de la population de la province du Lac. Parce qu’on ne peut pas continuer par assister les urgences pendant plus de 10 ans, évidemment avec le concours du gouvernement.
Cela fait bientôt 2 ans que la population du Lac est privée de la connexion internet, alors que les appels téléphoniques s’effectuent sans problème pour des raisons de sécurité. Ce qui pose un problème de droit à la communication. Jusqu’à quand cela va-t-il durer ?
Oui l’accès à l’internet est un droit pour tout tchadien, mais c’est pour des questions de sécurité que le gouvernement a pris cette mesure. C’est au gouvernement de décider de la levée de cette mesure. En tant qu’autorité locale, nous sommes là pour veiller à l’application stricte de ces mesures. Vous aurez constaté que depuis cette restriction, l’insécurité a reculée et n’est pas accrue comme par le passé. Ce qu’il faut retenir, le Lac-Tchad est un bassin conventionnel où tous les quatre pays exploitent. Il y a certains faits qui se passent sur d’autres territoires, mais comme le bassin s’appelle Lac-Tchad, souvent on pense à tort que cela se passe au Tchad, précisément dans la province du Lac. Ce qui est faux, ce n’est pas forcément sur le territoire tchadien, moins encore dans la province du Lac.
Interview réalisée par Roy Moussa
