De Koulsy Lamko à Ali Mohamed Abicho

Cher Ali Mohamed Abali,

Bonjour,

Comment allez-vous en ces temps-ci difficiles. Je vous souhaite à vous et à votre famille tous mes vœux d’excellente santé, ce dont on a vraiment besoin ces jours-ci. Nous ne nous connaissons pas, pour ne nous être pas rencontrés … Cependant je voudrais juste par mes mots aventureux, vous féliciter pour votre article-opinion “la dialectique nord-sud, musulmans-chrétiens dans le débat politique au Tchad”. Cela nécessitait beaucoup de courage et d’efforts d’objectivité. Je me préparais à en écrire un dans ce sens (observant les frictions récurrentes et aiguisées récemment) et j’ai dû abandonner le crayon en cours de sentier. Vous l’avez fait pour moi et brillamment, je m’en réjouis.

Comme vous, je crois que seul un diagnostic froid, une analyse objective comme vous l’avez fait peut mettre à nu les véritables écueils d’une politique néocoloniale d’un Etat néocolonial qui ne peut être qu’une reproduction servile de l’Etat colonial avec “son diviser pour régner … et pour cela toutes les arguties sont bonnes, toutes les stratégies d’instrumentalisation excellentes”.

Ce qui rend la situation explosive actuellement, c’est tout de même l’aspect systémique, c’est la politique concertée de la main basse sur le pouvoir exercée par un groupe qui tient le monopole de tous les pouvoirs: politique, économique et financier, gestion administrative du territoire, militaire, et qui même manipule pour imposer un malheureux ersatz de culture empruntée. La gageure pour une renaissance nationale, c’est qu’il n’y a jamais eu de véritable naissance d’une nation, d’un sentiment d’appartenance à une même nation. L’Histoire trop brève de nos luttes pour les indépendances ne l’a pas permis. Que partagent en commun les peuples du nord et du sud du Tchad? Aucune véritable Histoire commune de lutte contre le colonialisme? Seule une Histoire de misère, de soumissions et de violence partagées. Ce qui, au demeurant, aurait pu constituer un socle sur lequel commencer à semer un embryon de nation. Cependant, l’insurmontable problème aujourd’hui, c’est que l’instinct grégaire, tribal ou religieux qui prédomine dans un contexte d’ignorance généralisée, se conjugue avec le culte de l’intérêt individuel, tant au sein du peuple qu’au sommet de l’Etat. Vols, viols, mensonges, pleutreries, haine gratuite irraisonnée, préjugés, cynisme, nihilisme, la vertu est ridiculisée, le vice porté en triomphe, etc.

Bref, bravo, votre article est intelligent et complet et donc je me refuserai quelconque commentaire léger, surtout que mon approche a toujours été plutôt panafricaine. Merci infiniment et gardez toujours l’objectivité comme point de mire: c’est une vertu!

Koulsy Lamko ,klamko2001@yahoo.fr