La mode tchadienne à l’honneur

Le styliste Se-Oumaï Même-Si a valablement défendu la mode tchadienne, au festival Biso na biso qui s’est déroulé du 25 au 28 août 2021 à Pointe Noire (Congo Brazzaville). Il a remporté le trophée du meilleur styliste. Une grande première parmi les rares lauriers glanés à l’extérieur par les Tchadiens du domaine.

“C’est grâce à un étudiant tchadien résidant au Congo, qui a remarqué les tenues de scène de l’artiste musicien Moussa Aimé Rémadji, et l’a contacté, que je me suis retrouvé dans ce festival. Mon administrateur a, par la suite, pris contact avec les organisateurs du festival et je me suis retrouvé embarqué dans cette aventure”, informe l’artiste, avec à la clé le premier prix de sa carrière de styliste.

La particularité de Biso na biso est la valorisation des tenues traditionnelles. C’est la première fois qu’un Tchadien prend part à ce festival, une manifestation culturelle dédiée à la mode, qui est à sa 4ème édition. Le public congolais agréablement surpris a apprécié de manière positive le style Même-Si Design, même si pour y participer, Se-Oumaï Même-Si a rencontré moult difficultés. Comme il participait en tant qu’invité, il devait prendre en charge son déplacement. “J’ai frappé à des portes en vain, au point où je me suis endetté et même vendu mon groupe électrogène à vil prix, pour acheter certains matériels afin de créer mes conceptions”, confie-t-il. Toutefois, au moment où il a choisi d’abandonner et de tout arrêter, l’Office national des médias audiovisuels (Onama) lui a tendu la main, en lui achetant un billet d’avion aller-retour.

Avec sa maison Même-Si Excellence couture, lancé officiellement en 2009, Se-Oumaï Même-Si est à la base de sa propre couture, de ses styles et l’autopromotion de sa carrière dans la mode et le stylisme. Au fur et à mesure qu’il confectionne les habits, dit-il, l’inspiration l’accompagne, tout comme la créativité. Avec pour point fort, confectionner des tenues de scènes pour les artistes, qui se sentent à l’aise et le lui témoignent. Ce qui apporte une touche particulière à leur scène et quelque chose de nouveau dans sa création.

Se-Oumaï Même-Si reconnaît que le plus difficile dans le métier de styliste est la création. “La combinaison et le mariage des couleurs, et en terme d’images, les messages que nous donnons à nos créations”. Il démontre pouvoir faire une création tout en noir, avec des petites astuces genre lumière, pour exprimer une image d’un pays qui n’est pas éclairé dans la mode, mais dont des petits stylistes tentent de garder une flamme allumée; tout comme exprimer les sentiments de quelqu’un qui est désespéré à partir de sa création; illustrer une image de scène d’un comédien par rapport à son texte, ou un artiste qui chante, etc. A la base, sa préférence va vers l’utilisation des pagnes panthères, des nattes traditionnelles utilisées jadis par les grands-parents du nord au sud, accompagnés de turban pour les hommes. A l’exemple des tenues que porte l’artiste Moussa Aimé, qui sont la marque ou la signature de Même-Si Design, sa trouvaille.

Invité pour la première fois en 2019 au festival Kelou-fashion, initié par le regretté styliste J. Rabel ici à N’Djaména, comme jeune talent du stylisme, Se-Oumaï Même-Si s’est retrouvé au-devant de la scène. Ce qui a vraiment boosté sa carrière et l’a galvanisé. La même année, il s’est retrouvé sur le podium du festival Saamha.

Pour Se-Oumaï Même-Si, les couturiers et stylistes sont considérés comme de bons à rien à l’école, mais selon lui, la couture est une science exacte, avec à la base, plus de calcul et de géométrie. C’est pourquoi, il ne se décourage pas, sait être patient et aime son travail qu’il fait avec passion. “Je ne fais rien d’autre que la couture, et me suis dit que si dans d’autres pays, les Paté’o, Alphadi et autres aînés ont réussi à en faire leur carrière et en vivent, l’espoir est permis ici au Tchad également”. Même s’il admet que les conditions de travail ne sont pas encore adéquates, il ne désespère pas d’arriver un jour au sommet, se rassure-t-il.

Se-Oumaï dit avoir formé beaucoup de jeunes et des diplômés sans emploi, dont certains travaillent avec lui, et d’autres continuent pour leur propre compte ou ailleurs.

Le styliste a initié un événementiel dénommé “Tapis rouge”’ organisé en 2020, et autour du thème “la mode tchadienne et ses difficultés”. L’objectif était de mettre la lumière sur les jeunes stylistes créateurs qui évoluent dans l’ombre, afin qu’ils s’expriment et permettre également aux aînés de les accompagner. “Le choix du thème est parti d’un constat. Il y a tellement de difficultés dans la mode tchadienne en terme de qualité, d’originalité et de marque, c’est pourquoi nous nous sommes retrouvés pour en discuter”, relève-t-il. Il compte rééditer l’organisation l’année prochaine, afin de permettre aux stylistes d’autres pays, de venir découvrir ce qui est produit localement. Tout en apportant leurs contributions, en terme de conseils, d’expériences et booster le secteur de la mode et du stylisme. Il lorgne les entreprises de la place, et surtout leur lance un appel à accompagner l’industrie de la mode et de la couture au Tchad.

Modeh Boy Trésor

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