La Stpe dans le gouffre

Les employés de la Société tchadienne des postes et de l’épargne (Stpe) traversent des moments pénibles. Ils accusent 7 mois d’arriérés de salaire tandis que leur entreprise compte ses derniers jours. Ils crient haro sur la mauvaise gestion de leurs dirigeants et envoient des invectives à leur ministre actuel qui supprime certains de leurs intérêts.

“Le Bureau exécutif du Syndicat national des postes et télécommunications (Synapostel-Tchad) convie tous les travailleuses et travailleurs, sans oublier les cadres de la Société tchadienne des postes et de l’épargne (Stpe) à une assemblée générale extraordinaire qui aura lieu le lundi 23 août 2021 à 10 h 00 mn très précises au guichet du Centre des chèques postaux (Ccp) de N’Djaména. Ordre du jour : séance tenante. Compte tenu de l’importance de l’ordre du jour, la présence de tout un chacun est vivement souhaitée”, signe le président du Synapostel, Addalil Abakar. Le ton est ainsi donné. Car à l’issue de cette assemblée générale extraordinaire, l’on ne verra plus une lueur d’espoir poindre à l’horizon. Tous les pions utilisés par les employés pour huiler et redresser la Spte sont totalement rouillés. Les délais de sursis accordés par les employés à leurs dirigeants pour leur trouver des solutions sont épuisés. Les assemblées générales du 5 et 20 août 2021 n’ont fait que constater les faits et c’est la disparition de l’entreprise qui plane au-dessus des têtes des employés de la Stpe et s’écoute sur toutes les lèvres.

Côté cour, le gros bâtiment multicolore qui se dresse somptueusement cache mal le malaise qui ronge l’intérieur. Cette bâtisse, hâtivement réhabilitée, il y a si peu, est déjà en dégradation avancée. Sur les murs à l’intérieur des bureaux, des traces lézardées des eaux des pluies se perçoivent. “Les responsables de la Stpe se soucient beaucoup plus des marchés à octroyer aux entrepreneurs et autres commerçants que de la vie de la société”, déplore un employé. Côté jardin, les 200 employés de la Stpe trainent 7 mois d’arriérés de salaire. Trois mois en 2018 et quatre cette année. Et depuis sa séparation avec le secteur des télécommunications, la Poste hiberne. Son fonctionnement est assuré il y a quelques mois, voire des années par des subventions. Ces subventions sont en train de tarir. “A l’arrivée du ministre actuel des Postes et de l’Économie numérique, Idriss Saleh Bachar, même le 1% des recettes que doit verser l’Agence de développement des technologies de l’information et de la communication (Adetic) à la Stpe a été supprimé”, renseigne un agent de la poste. Déprimé, un autre ajoute que le ministre actuel constitue un véritable handicap pour la Stpe. Il ne veut pas entendre les doléances et les propositions des employés réunis au sein de leur syndicat. “Même si on fait des recettes, celles-ci prennent une autre destination. Les gestionnaires de la Stpe sont en train d’utiliser les subventions allouées à d’autres fins pour obtenir en retour des intérêts égoïstes”, soupire un autre. Les regards des agents de la Stpe sont tournés vers le premier ministre de la transition pour le rétablissement du pourcentage (1%) de la passerelle à verser à la Stpe par l’Adectic.

Aujourd’hui, face à sa léthargie, pratiquement tous les secteurs d’activités rentables de la Stpe sont entre les mains des particuliers. Le secteur de transport des courriers, celui du transfert d’argent, pour ne citer que ces deux, sont exploités par des gens qui s’apparentent aux tenants du pouvoir. Personne ne peut lever le petit doigt sur ceux-là qui sont les détenteurs des grandes agences de voyage et qui “n’ont aucune autorisation ni licence dans le domaine du transfert d’argent ou de l’envoi des courriers postaux”, s’insurge un syndicaliste de la maison.

Même si les travailleurs de la Stpe reprochent à leurs responsables une mauvaise gestion, l’urgence de l’heure est d’abord de leur payer leurs arriérés de salaires avant le réaménagement de l’équipe dirigeante. Cette équipe, confie un syndicaliste, a préparé un budget chiffré à plus d’une centaine de millions de francs CFA, pour une semaine de relance des activités de la Stpe, converti en une seule cérémonie d’inauguration de l’immeuble réhabilité. Voilà où nous en sommes avec la gestion des entreprises étatiques au Tchad.

DMb.