Le parcours exemplaire d’une députée tchadienne

Alors que beaucoup considèrent une carrière aussi dense comme un aboutissement, l’honorable Mariam Djimet Ibet Mahamat Maintha a choisi d’y ajouter un nouveau chapitre. Le mardi 11 août 2026, elle a soutenu avec succès un Master en droit public : thème : “Les avancées de protection et promotion de la femme au Tchad : défis et perspectives”, obtenu avec la mention “Excellent”. Un diplôme qui, loin d’être un simple parchemin de plus, vient couronner près de quatre décennies d’un engagement sans relâche au service de l’État tchadien – et qui rappelle, avec une force particulière, que la soif d’apprendre ne connaît ni l’âge ni le rang.

Née le 19 avril 1969 à Am-Timan, elle grandit dans une trajectoire scolaire classique – école primaire puis Collège d’enseignement général (CEG) dans sa ville natale – avant de s’orienter vers une voie technique qui façonnera durablement son profil : l’École Nationale des Travaux Publics dont elle était l’une des premières filles à entrer, et où elle décroche en 1989 un diplôme d’Adjoint Technique du Génie Rural, puis en 1995 un diplôme d’Ingénieur des Travaux Publics, section génie rural. C’est cette double casquette d’ingénieure et de femme d’État qui va marquer toute la suite de son parcours.

Dès 1990, elle intègre l’administration comme cheffe de service de la passation des marchés, avant d’occuper des fonctions de plus en plus stratégiques : directrice adjointe de la Formation rurale et de l’Enseignement agricole, conseillère aux Affaires sociales à la Présidence de la République, puis coordinatrice du Programme national en faveur de l’enfant tchadien pour l’Unicef. En 2001, elle est nommée ministre de l’Action sociale et de la Famille – une première consécration politique qui ouvrira la voie à une longue série de responsabilités ministérielles et institutionnelles : direction générale de l’Office national de la Sécurité alimentaire, conseillère à la Primature chargée du développement rural puis de la formation professionnelle, et enfin ministre secrétaire d’État à l’Agriculture entre 2010 et 2011.

Son engagement pour la gestion territoriale et la représentation locale s’affirme à partir de 2012, lorsqu’elle est élue conseillère municipale de N’Djaména. Elle deviendra maire de la capitale tchadienne entre 2016 et 2018, tout en présidant l’Association nationale des Communes du Tchad. Femme de réseaux et de terrain, elle s’investit également dans la cause des femmes élues à travers la présidence du Réseau des Femmes Élues Locales d’Afrique, section Tchad.

La période de transition politique, à partir de 2021, on la voit occuper plusieurs fonctions de confiance : conseillère chargée de mission à la Présidence, membre du Bureau politique national du Mouvement patriotique du salut (MPS), secrétaire nationale de l’Organisation des Femmes du MPS, puis conseillère nationale de Transition où elle préside la commission Aménagement du territoire, Urbanisme, Habitat et Affaires foncières. En 2024, elle est élue députée à l’Assemblée nationale, où elle occupe aujourd’hui le poste de 3ème vice-présidente.

C’est dans cette fonction de législatrice que son récent diplôme (Master) prend tout son sens. Approfondir le droit public à un âge où la plupart des élus se reposent sur l’expérience acquise, c’est affirmer une conviction : que la maîtrise des textes et des institutions reste, pour une femme d’État, un outil de travail à perfectionner sans cesse.

Chevalier puis Officier de l’Ordre national du Tchad, distinguée dès 2005 par un témoignage de satisfaction du Premier ministre, Mariam Mahamat Maintha incarne une génération de cadres tchadiens formés dans la rigueur au primaire, secondaire, professionnelle technique et convertis très tôt au service public.

Pour sa réussite au Master, elle éprouve un sentiment de joie et bonheur pour le travail accompli. Son diplôme, elle l’attribue à ses parents qui, selon elle, l’ont bien éduquée.

Mère de cinq enfants, elle aura, en un peu plus de trente ans, traversé presque tous les étages de l’appareil d’État tchadien – ministériel, territorial, électoral, parlementaire – sans jamais cesser, de s’asseoir aussi sur les bancs de l’Université. Un exemple de persévérance qui parle à toutes celles et ceux qui pensent qu’il est un jour trop tard pour apprendre. “Aux femmes et surtout aux filles, l’école n’a pas d’âge. On apprend chaque jour”, conseille-t-elle.

Djéndoroum Mbaininga

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