Le secrétaire général du parti Les Transformateurs, Dr Tog-Yeum Nagorngar se prononce sur la vie du parti, de son président et sur les questions d’intérêt national.
Bientôt un an (16 mai 2025), le président Succès Masra est en prison. Comment va-t-il ?
Bonjour et merci pour l’occasion que N’Djaména Hebdo nous offre pour nous exprimer sur les questions d’intérêt national, dont l’arrestation et la détention arbitraire du Président Masra depuis un an déjà. Comme vous le savez, quand on met un an dans un lieu de détention, au-delà du fait qu’il n’a pas eu le droit de sortir de la cellule, l’injustice de l’arbitraire est sans doute la chose la plus inacceptable. En plus de cela vous êtes au courant, comme le peuple tchadien, de ses soucis de santé qui nécessitent des soins qui ne sont pas disponibles dans les plateaux médicaux du Tchad.
La demande de liberté provisoire pour raison médicale afin de lui permettre de se soigner n’ayant jusque-là pas eu de réponse, il tient comme il peut avec des traitements symptomatiques. Mais au-delà, vous connaissez le Président Masra, homme de foi, de courage et d’espérance, comme il l’a toujours montré au peuple tchadien et c’est pour cela qu’il tient et nous sommes convaincus que cette injustice imméritée prendra fin et qu’il nous retrouvera pour continuer à servir ce Peuple qu’il aime tant.
Où en est-on avec l’appel fait par les avocats ?
Ce n’est pas l’appel, c’est le pourvoi en cassation fait auprès de la Cour suprême. Au niveau des avocats, toutes les diligences sont faites et pour ce dossier qui est totalement vide et rempli de vices de procédures, la Cour suprême, si elle veut dire le droit, n’a pas besoin de 48 heures pour l’annuler purement et simplement, et relâcher le Président Masra. Pour mémoire, les Tchadiens se souviennent de tous les contours de cette arrestation aux élans purement politiques, notamment le fait que la demande d’arrestation du Président Masra avait été faite par un officier de l’ANSE dès le 6 mai 2025, en prenant le soin de modifier et faire publier une déclaration du Président Masra de depuis 2023. Puis il fallait chercher un évènement pour servir d’alibi et c’est ainsi que 8 jours plus tard, profitant du conflit foncier de Mandakao, c’est une équipe de l’ANSE qui s’est rendue au domicile du Président Masra pour l’arrêter.
Vous vous souviendrez que même le ministre de la Justice en fonction au moment de cette arrestation a reconnu que l’ANSE procède souvent à des arrestations arbitraires et c’était le cas pour le Président Masra. Et la suite, vous la connaissez lorsqu’un des magistrats du parquet a ordonné par écrit la libération du Président Masra, il a été remplacé à la veille par un autre, heureusement que les écrits restent et les Tchadiens ont vu cela. Mais mieux encore, les membres du gouvernement, et donc du pouvoir politique, eux-mêmes ont reconnu dans des interviews populaires auprès de vos confrères, et je cite : “L’arrestation de Masra est hautement, de haute facture politique” et un autre de renchérir : “Masra subit tout cela parce qu’il ose demander un changement dans l’exécutif du pays”. Vous voyez, on ne peut pas être plus royaliste que ceux du pouvoir politique eux-mêmes qui font ces déclarations éloquentes. Enfin et pas des moindres, vous savez que même l’État supposé poursuivre le Président Masra a, un mois avant le procès, vidé sa requête de suffisance en reconnaissant qu’il s’agissait d’un conflit foncier et a organisé une mission de réconciliation entre les communautés en conflits. Cerise sur le gâteau, le patron de l’agence judiciaire de l’État chargé de la poursuite, un magistrat hors catégorie, à postériori du Président Masra, a lui-même reconnu publiquement devant le juge d’instruction, les avocats et le parquet que “le Président Masra est un homme juste et innocent et si je n’étais pas magistrat, j’aurais été membre de son parti, et j’ai beaucoup aimé sa politique quand il dirigeait le gouvernement”. On vous épargne les autres coulisses de ce complot politique. Tout ce qui reste à faire c’est de libérer le Président Masra et c’est ce que tous les Tchadiens sérieux attendent, autant de l’administration politique que judiciaire.
Pourquoi le parti a-t-il choisi de se mettre en hibernation en l’absence de son président ?
Le parti n’est pas en hibernation et son Président n’est pas absent. Depuis un an, partout, et en permanence au siège au Balcon de l’Espoir, les militants sont mobilisés. Vous devez donc avoir un biais, car même quand pendant quatre ans le régime avait refusé l’autorisation de fonctionner aux Transformateurs, ils n’ont jamais été en hibernation, et c’est pareil lorsque le parti était injustement suspendu ou persécuté par des arrestations massives et l’exil forcé ou les déportations lors des évènements du 20 octobre 2022.
Pour nous les Transfos, chaque Transfos est un bureau mobile et la popularité de ce mouvement tient sans doute à cette façon différente de faire la politique. Et puis malgré son kidnapping, le Président Masra est là avec nous, dans l’état d’esprit qu’il nous a transmis et transmis à chaque transfo en 8 ans de lutte depuis son appel patriotique du 29 avril 2018 dont nous célébrons l’encrage national populaire irréversible.
N’est-ce pas un tort pour un parti politique de l’opposition de se mettre en marge de la vie politique ?
Les Transformateurs sont au cœur de la vie politique parce que grâce à leur vision pour un Tchad de justice, d’égalité et de la dignité pour tous, ils sont au cœur des aspirations du peuple tchadien. C’est aussi à cause de la popularité de cette vision que le Président Masra lui-même et les transfos sont autant persécutés, car rien ne leur a été facile ; ils ont arraché chaque droit dans la douleur depuis ces 8 années de lutte acharnée pour la dignité. Et comme le Président Masra est un Mandelaphile reconnu, souvenez-vous que quand Mandela a été injustement envoyé en prison par le régime d’apartheid, obligeant même les dirigeants et militants de l’ANC à subir la brutalité et même l’exil ou la clandestinité, cela n’a pas enlevé un grain au rôle central de Mandela dans le cœur de son peuple, persécuté par les ennemis du changement, et les Transfos sont debout convaincus, comme nous l’a appris le Président Masra que “quand le chemin est dur, seuls les durs tracent le chemin”. C’est l’occasion de remercier tous les militants et les Tchadiens épris de justice qui sont nombreux et parfois sans bruit, les soutiens fermes pour cette vision populaire d’un peuple qui a choisi le changement et exige ce changement avec tout le monde y compris le Président Masra qui n’a rien à faire en prison.
Quel est votre regard aujourd’hui sur la marche de la vie publique et politique du Tchad (santé, éducation, eau potable, sécurité, énergie, environnement, infrastructures, etc. ?
Notre diagnostic de la vie publique et politique de notre pays c’est celui dressé par le Président Masra à l’issue de l’élection présidentielle et réitéré il y a un an. C’est-à-dire le fait qu’en sortant massivement le 6 mai 2024 à l’occasion de l’élection présidentielle, les Tchadiens espéraient un changement, et attendent de leurs dirigeants la réalisation de ce changement dans leur vie quotidienne. Pour apporter des solutions aux problèmes chroniques de chômage, de manque d’accès à l’eau, à l’électricité, à la santé, aux problèmes d’éducation, d’injustices sociales et d’inégalités ; un changement radical de méthode de gouvernance, de rythme, de priorités et d’équipes s’impose. Car si on continue comme avant, avec les mêmes qui ont reconnu avoir échoué d’où la refondation, ce changement n’arrivera jamais. Les solutions existent, les méthodes pour y parvenir collectivement existent. Mais même avec le sens de responsabilité qui anime toujours les transfos, ces solutions ont été discutées à travers les deux Présidents Mahamat et Masra, dont beaucoup de Tchadiens disent que si ces deux-là s’entendent et travaillent ensemble, avec tous les Tchadiens, alors le pays sera, non seulement stable, mais se développera en réunissant autant les soldats du développement et ceux de la sécurité comme les deux jambes d’un seul corps.
Curieusement, c’est lorsque le Président Masra a demandé l’application de ces solutions discutées et validées par un Accord de développement et stabilité dit Accord Toumaï, c’est ce moment précis qu’on a choisi pour l’arrêter. Les Tchadiens se disent que les ennemis du progrès derrière cette forfaiture ne veulent ni du changement ni de la stabilité pour le Tchad. Deux ans sont déjà passés après les l’élection présidentielle et le changement tarde à devenir réalité pour la vaste majorité des Tchadiens, qui sont les oubliés de la République. La misère et la galère sont partout, et pourtant il est possible de transformer cette situation en appliquant les solutions préconisées.
Pourquoi certains militants du parti Les Transformateurs envoient des missives au Président de la République pour le supplier de libérer leur leader, alors que l’affaire est pendante en justice ?
Les chefs religieux, notamment ceux de la Conférence épiscopale du Tchad, ont demandé la libération du Président Masra. Les organisations nationales des droits de l’Homme comme les leaders de la CNDH, des ligues des droits humains, des leaders de la société civile, les organisations internationales des droits de l’Homme comme la FIDH, Human Rights Watch, des leaders politiques de l’opposition autant que du régime, ont demandé la libération du Président Masra. Des leaders africains, des artistes tchadiens, des Tchadiens de tous horizons, ici ou dans la diaspora, ont demandé la libération du Président Masra. Vous savez pourquoi ? Parce qu’ils sont comme tout le monde, ils ont suivi le récit de l’arrestation du Président Masra et ils savent qu’il est innocent, surtout après avoir suivi les aveux de l’exécutif qui a confirmé le caractère politique de cette arrestation et détention arbitraire. Toutes ces personnalités, tout comme les autres citoyens, voient ce qui se passe. Les Transformateurs, eux aussi, en tant que citoyens s’expriment et ils sont des millions qui unissent leurs voix pour demander, à l’occasion de leurs rencontres régulières, la libération du Président Masra. En s’adressant au chef de l’État, tous veulent dire qu’ils savent que, comme c’est l’ANSE qui a fait arrêter le Président Masra sur la base d’allégations qui sont fausses, et que comme l’ANSE dépend directement et uniquement du chef de l’État, c’est à lui de corriger cette erreur administrative et judiciaire, en tant que garant du bon fonctionnement de l’administration et de la justice.
Quelles sont les actions concrètes que le parti entreprend pour la libération de son leader ?
Jamais dans l’histoire politique du Tchad les Tchadiens de tous horizons se sont autant mobilisés pour la libération d’un homme d’État, et cela sans doute aussi parce que jamais dans notre histoire politique un acteur politique de cette dimension n’a été arbitrairement mis en détention pendant aussi longtemps. La mobilisation pour la libération du Président Masra dépasse donc, comme vous l’avez vu, ce cadre des Transformateurs, car il subit une persécution totalement arbitraire. C’est pour moi l’occasion, au nom du Président, de dire merci à tous les militants restés déterminés et on le voit chaque jour au Balcon de l’Espoir et dans les provinces, certains se déplaçant même au siège pour montrer leur solidarité.
Merci à tous nos boucliers numériques et tous les citoyens sur les réseaux sociaux. Merci aux Tchadiens de la diaspora, aux braves avocats qui sont une centaine à être mobilisés, ici au Tchad, sur le continent africain et au-delà. Merci aux différents leaders religieux, leaders politiques et de la société civile, aux artistes, avec une mention particulière pour les femmes tchadiennes et la jeunesse tchadienne qui, dans leur vaste majorité, rejettent cette injustice infligée à un homme dont le seul tort est de travailler à l’avènement d’un Tchad de justice, d’égalité et de la dignité pour tous. Le Président Masra sera libéré et il travaillera avec nous tous pour ce Tchad nouveau.
Free Masra ! Libérez Masra ! Je vous remercie.
Interview réalisée par
Roy Moussa
