Les chefs traditionnels veulent tous les pouvoirs

L’Association des autorités coutumières et traditionnelles du Tchad (Actt) a tenu sa 2ème conférence du 28 au 29 mai au Palais du 15 janvier. Cette conférence qui leur permet de s’organiser en vue de participer au dialogue national inclusif a été l’occasion pour les chefs traditionnels de vouloir s’accaparer des pouvoirs administratif et judiciaire comme l’attestent leurs recommandations adressées au gouvernement.

Visiblement, les chefs traditionnels posent déjà le pied pour avoir leur place au prochain dialogue annoncé par le gouvernement de transition. Ce n’est pas fortuit si les chefs traditionnels ont jugé nécessaire de préciser dans leurs termes de référence qu’eux, en occurrence les communautés rurales, n’ont pas été représentés aux précédents dialogues. Que ce soit à la Conférence nationale souveraine de 1993 ou aux précédents forums dits inclusifs de 2018 et 2020 en dépit de la forte représentation des communautés rurales (70%) de la population. Pourtant, ils se disent “âme de la nation parce qu’ils jouent un rôle indéniable dans le règlement non juridictionnel des conflits et constituent un facteur d’instauration de la paix”, estiment les membres de l’Actt.

C’est à juste titre que les membres de l’Actt ont tenu leur conférence sous le thème, “réflexion sur la préparation du dialogue inclusif et de réconciliation nationale”. Et pour mieux recueillir leurs  doléances, qui de mieux que le ministre d’Etat, chargé de la Réconciliation nationale et du dialogue, Acheikh Ibni Oumar. Ce dernier, présent à l’ouverture comme à la clôture des travaux a tenu à rappeler aux chefs traditionnels leur position très délicate. Beaucoup de chefs traditionnels ont été assassinés, exilés durant les différents conflits internes. D’un côté le gouvernement les accusent d’être complices de la rébellion et de l’autre côté, les rebelles les accusent de protéger l’administration au pouvoir indique le ministre. “Beaucoup de chefs traditionnels ont été assassinés ou exilés lors des conflits”, rappelle Acheikh Ibni Oumar. Voilà de quoi pousser les chefs traditionnels à œuvrer pour qu’il n’y ait pas de conflit. Le ministre de la Réconciliation nationale se retrouve dans la méthode de l’Actt qui consiste à réconcilier les tchadiens par les cellules de base de la société. “La particularité de l’approche actuelle, c’est de traiter les problèmes à la base. On ne va pas se contenter de faire des élections, des nouvelles constitutions. Il faut que le paysan, le pêcheur, l’éleveur, l’artisan, le commerçant se sentent concernés par le dialogue pour nous faire part de leurs revendications”, indique le ministre.

Pour permettre à la base de participer au dialogue, l’Actt a conçu à l’issue de la conférence, “des cahiers de recueil de doléances”. Ces cahiers, sous la supervision des chefs traditionnels vont faire le tour des marchés, églises, mosquées, ferriques afin de recueillir les doléances de la population pour le dialogue inclusif. Les informations recueillies dans ces cahiers seront compilées par l’Actt pour être envoyées au ministère de la Réconciliation et du dialogue.

Une police rurale

L’un des points saillants de cette conférence aura été les recommandations faites à l’endroit du gouvernement. En plus de vouloir être associés au processus du dialogue inclusif et de la réconciliation nationale, les chefs traditionnels veulent que l’Etat leur concède le statut de “juge de paix” et veulent voir leurs goumiers transformés en “policiers ruraux”. Pour leur sécurité, ils aimeraient bien qu’“un acte accordant une immunité juridictionnelle en vue de leur protection contre les arrestations arbitraires” soit pris. Cette recommandation part du fait qu’en cas de conflit, les autorités administratives ordonnent l’arrestation des chefs coutumiers et traditionnels. Ils veulent aussi avoir le pouvoir de gérer les problèmes fonciers, être impliqués dans les campagnes de sensibilisation à la cohabitation pacifique et à la paix. Leur lot de recommandations ne s’arrête pas là. Ils demandent la modification de la loi n° 013 portant attributions des autorités coutumières et traditionnelles “en vue de conférer le statut d’administrateur aux sultans et chefs de canton”. Visiblement, nos chefs veulent être “dynamiques et polyvalents”.

En tout cas, avant de finir leur conférence, les autorités coutumières et traditionnelles ont tenu à lancer un appel à la paix à tous les tchadiens, sans distinction aucune. “Ta culture, tes coutumes, ton terroir, tes chefferies traditionnelles t’appellent, dans la prière, à bouter hors de toi et de ton pays, les démons de la violence, de la haine, de la rancune, du matérialisme, de l’égoïsme et la barbarie. Car cette voie qui te menace manifestement n’est que vanité et autodestruction inéluctable”, lancent-ils aux tchadiens.

Lanka Daba Armel

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