“Nous sommes en pré-rupture de vaccins contre la Covid-19”

Telle est l’alerte du délégué provincial sanitaire du Logone occidental, Dr Ongram Kouleta II, avec qui N’Djaména Hebdo s’est également entretenu sur l’état des lieux des interventions de l’Unicef dans sa province.

Où est êtes-vous avec la vaccination contre la Covid-19 dans votre délégation ?

La ville de Moundou fait partie des premières villes à bénéficier de la vaccination. Nous avons commencé depuis le 4 juin 2021. D’abord avec le vaccin Sinopharm, ensuite Pfizer qui a été introduit. Cette vaccination est gratuite, mais nous avons éprouvé comme difficultés au début, la gestion des rumeurs sur les réseaux sociaux. Ce qui a fait qu’il n’y a pas eu effectivement d’engouement. Nous avons mis difficilement deux mois pour avoir un chiffre de 300 personnes. Mais ces derniers temps (Ndlr : fin septembre), avec l’intensification des réunions de plaidoyers, de mobilisations sociales, et d’informations, il y a eu une implication de différentes corporations. Et cela marche.

A titre d’exemple, en trois jours dans la localité de Bénoye, nous avons vacciné 1000 personnes. Le 28 septembre à Krim-Krim, entre 13 et 16 h, nous avons vacciné plus de 300 personnes. Maintenant, la population a compris qu’il faut se faire vacciner. Mais au début, c’était peut-être de notre faute, parce que nous ne sommes pas allés auprès du monde rural. Nous nous sommes cantonnés auprès des grandes agglomérations. En ville, les hésitants ce sont les semis intellectuels qui interprètent à tort la situation. Nous sommes à près de 6 000 personnes vaccinées. Avec les sorties dans les départements, on espère toucher une très grande partie des communautés. En ce moment, nous sommes en pré-rupture de médicaments, c’est pourquoi nous hésitons à faire des actions de grandes envergures. Nous sommes en rupture de Pfizer et nous sommes retournés vers Synopharm, ou présentement il ne reste que 3 000 doses qui seront évacuées en deux jours. C’est la raison pour laquelle nous voulons aller doucement afin qu’il n’y ait pas de rupture totale. Je pense que d’ici peu, nous allons être ravitaillés.

Nous nous attendions à avoir beaucoup des réactions d’effets secondaires à la vaccination, heureusement, il n’y en a pas eu. Sauf une dame en surpoids, opérée plus de cinq fois, qui a fait un effet secondaire grave. Mais depuis une semaine, elle se porte bien. Ce qui nous conforte à beaucoup plus sensibiliser encore, à la prise du vaccin. C’est grâce à notre sud dépôt de Moundou, que nous ravitaillons les quatre autres provinces du sud.

Des difficultés effectives, mais surmontables…

Présentement, la difficulté réside au niveau des étudiants en partance pour le Cameroun. Ils viennent prendre la première dose et traversent la frontière. S’ils ne reviennent pas pour la seconde dose, nous craignons qu’ils fassent augmenter le chiffre du taux d’abandon dans la province. Une fois vacciné, vous devez revenir au bout de trois semaines pour la seconde dose. Si vous ne revenez pas au bout de deux mois, vous êtes obligés de recommencer le vaccin à nouveau. Il est question maintenant de voir avec la hiérarchie, comment un suivi peut être fait au niveau du Cameroun qui utilise les mêmes types de vaccin que nous, afin que ces étudiants puissent compléter leur vaccination là-bas. C’est une inquiétude qui nous habite en ce moment. Une autre difficulté à laquelle la province fait face, par rapport au déploiement de la campagne, c’est surtout le manque des moyens roulants. Nous n’avons pas notre propre moyen en tant que délégué pour la supervision. Il en est de même pour les médecins chefs des districts. Il leur arrive d’utiliser les ambulances pour ce travail, alors que nous avons donné des instructions fermes comme quoi, les ambulances ne sont pas faites pour les supervisions. Les véhicules que nous utilisons sont ceux des partenaires qui sont vétustes. La hiérarchie nous a promis que d’ici peu à travers le projet Gavi, nous allons être pris en compte dans la seconde phase. Cela nous tient à  cœur.

Qu’en est-il des interventions de l’Unicef dans la province du Logone occidental ?

Les interventions positives de l’Unicef, au bénéficie des populations cibles que sont les femmes, les enfants et les jeunes sont palpables. Dans le cadre de nos partenariats avec les différentes institutions au Logone occidental, celui de l’Unicef représentante 70% dans l’appui de nos activités sanitaires. Dans le domaine de la formation, il y a le renforcement des capacités des agents. Au niveau logistique, la dotation des motos dans le cadre du Programme transmission mère-enfant (Ptme) et de la surveillance épidémiologique. On peut noter la dotation en vaccins, la construction de la chaîne de froid et du sud dépôt de Moundou dans lequel sont conservés les vaccins et qui permet de desservir quatre à cinq provinces. Dans le cadre du Vih/sida, l’Unicef nous appuie en intrants pour le diagnostic et le suivi des mères et enfants. Idem dans ce cadre du Vih, la mise à disposition des appareils, qui nous permettent de jauger les charges virales et faire le suivi des enfants. Un appui également dans la cadre de la malnutrition, qui est beaucoup plus axé sur la malnutrition chronique dans la province. Mais il existe des cas de la malnutrition aiguë pour laquelle l’Unicef nous a appuyés à ouvrir 8 unités ambulatoires (Una) dans le district sanitaire de Moundou. Il y a un projet d’extension qui permettra de prendre en charge les enfants malnutris, avec une unité nutritionnelle thérapeutique (Unt) à l’hôpital provincial. Avec les dernières statistiques, je peux dire que le taux de prévalence de la malnutrition dans la province tourne autour de 40%. Il faut reconnaître que lorsqu’on n’arrive pas éradiquer la malnutrition chronique au bout de deux ans, il devient irréversible.

Dans le cadre de la santé maternelle, néonatale et infantile, nous avons l’initiative “Communautés amies des enfants”, mise en place par l’Unicef, qui nous appuie dans deux structures sanitaires à savoir les districts de Bénoye et Laokassi. Nous prenons également le centre de santé de 15 ans à Moundou, comme un centre de santé pilote. A ce niveau, plusieurs activités s’effectuent, depuis la consultation prénatale jusqu’à l’accouchement assisté, et le suivi de ces enfants jusqu’à un âge donné. Cette initiative vise beaucoup plus à responsabiliser la communauté avec les relais communautaires. Ce qui permet de disposer des données en temps réels. Cette initiative pilote a permis de beaucoup booster les indicateurs de vaccination, sur la santé de la mère et de l’enfant dans la zone.

Dans le cadre de Covid-19, l’Unicef appuie la communication à travers la formation des relais communautaires que nous organisons dans ce sens. Ces derniers se chargent des sensibilisations au niveau local respectif, ainsi que les médias qui accompagnent également avec des émissions, sur financement de l’Unicef. Dans le cadre de la riposte Covid-19, nous avons bénéficié de plusieurs accompagnements de l’Unicef. Il ne faut pas perdre de vue des formations pour lesquelles grâce à l’Unicef, nous pouvons aller les réaliser ailleurs.

Il nous faut maintenant mettre en place un mécanisme de pérennisation de certaines activités mises en œuvre. Souvent, une fois que le projet est terminé, les bénéficiaires ne s’approprient pas les acquis. Ce qui constitue des difficultés.

C’est dans le cadre de ses missions de terrain au sud, facilitée par la Haute autorité des media et de l’audiovisuel (Hama), que l’Unicef a organisé la rencontre des journalistes du public et du privé, avec le délégué sanitaire de la province du Logone occidental. Une mission conjointe qui a permis aux journalistes de palper du doigt les réalités vécues par les populations de Moundou, Bénoye et La Ribi/Larmanaye, et les jauger par rapport aux interventions de l’Unicef mises en œuvre dans ces localités, en faveur des enfants, des jeunes et des femmes, pour accompagner le gouvernement du Tchad.

Roy Moussa

 

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