Pas un seul établissement bancaire dans la Tandjilé

Étendue sur une superficie de 18 000 km2, une population estimée à environ 1 200 000 âmes répartie dans 5 départements et 17 sous-préfectures, la Province de la Tandjilé (chef-lieu : Laï) ne dispose d’aucune banque, pour permettre le paiement de salaire des fonctionnaires et les transactions bancaires. A cela, viennent s’ajouter d’autres difficultés d’ordre sécuritaire, infrastructurel, social, éducatif, … que déplore le délégué général du gouvernement auprès de la province, Néné Ehémir Torna, dans cet entretien.

“La province de la Tandjilé, en particulier la ville de Laï, est la région rizicole par excellence, et pour laquelle, en ce moment, nous essayons de faire tout notre possible pour relancer cette filière, parce que c’est une filière qui peut permettre vraiment de donner du riz à l’ensemble de la population du Tchad et même au-delà”, déclare le délégué général du gouvernement auprès de cette province, Dr Néné Ehémir Torna. Comme les autres provinces du pays, sur divers plans, la Tandjilé rencontre de nombreuses difficultés. Mais pour l’heure, la majeure des difficultés réside dans l’absence d’établissement bancaire pouvant servir au paiement des salaires des fonctionnaires de l’État, déplore Dr Néné Ehémir Torna. C’est dire que la province ne dispose d’aucune banque. La fin du mois, les fonctionnaires obligés se déplacent sur une centaine de kilomètres, à Moundou ou à Bongor pour percevoir leurs salaires, chaque fois que le virement est effectué. Conséquences immédiates : les postes de travail se désertent, parfois pour quelques jours. Et les risques sécuritaires de se faire braquer par des malfrats ne sont pas à écarter.

Sur le plan infrastructurel, de vastes chantiers ont été lancés depuis le début de la transition. L’exemple patent est l’axe Djoumane-Laï (long de 82 km). Cependant, le délégué général du gouvernement auprès de la province estime que le rythme avec lequel les travaux avancent n’est pas satisfaisant. “La conjoncture économique est là. Ce n’est pas de notre fait, ni celui des autorités publiques ou gouvernementales, mais c’est un fait international avec le contexte international. Nous aussi, on en subit le contrecoup, et néanmoins, des choses sont faites malgré toutes ces difficultés”, se dédit le délégué.

Du point de vue administratif, la province de la Tandjilé compte pour l’instant, 5 départements et 17 sous-préfectures, mais le 3e recensement général de la population et de l’habitat en cours pourra permettre de cerner les besoins pour pouvoir augmenter le maillage territorial. Cela veut dire augmenter le nombre de sous-préfectures. Car, dans certaines localités, il y a une forte densité.

Sur le plan sécuritaire, la Tandjilé fait face à la circulation des armes de guerre. Les conflits agriculteurs-éleveurs y sont récurrents. Toutefois, la délégation a essayé de cerner la problématique avec les forces de défense et de sécurité à travers les réunions quotidiennes ou hebdomadaires afin de garantir la quiétude des populations.

Dans le domaine éducatif, Dr Néné Ehémir Torna met particulièrement l’accent sur la prise en charge des maîtres communautaires qui, selon lui, constitue une problématique cruciale pour la province, à quoi il faut trouver des réponses. Le délégué du gouvernement envisage tenir une rencontre locale élargie à l’ensemble des inspecteurs départementaux, au président de l’Université des sciences et techniques agricoles pour essayer de jeter les bases de l’année scolaire prochaine.

La situation sociale, les droits de l’homme, etc. ont été également abordés par le n°1 de la Tandjilé. Selon Dr Néné Ehémir Torna, des rencontres avec les associations de défense des droits de l’homme, la justice et les personnes ressources ont été organisées pour mettre en place un processus de consultation permanente d’écoute et d’attention pour faire en sorte qu’il n’y ait pas de dérapage comme par le passé. Sur le plan social, les habitants de la province éprouvent des difficultés alimentaires. Cependant, des instructions sont données au délégué provincial du commerce afin d’essayer de réfléchir avec les opérateurs économiques locaux pour anticiper la saison des pluies où généralement se constate une inflation sur les prix. “J’ai ordonné à ce qu’on réquisitionne tous les entrepôts qui sont non utilisés, pour permettre que des stocks de sécurité alimentaire soient constitués, pour prévenir la période de soudure”, rassure Dr Néné.

 

Avoir foi en l’avenir

En dépit de toutes les difficultés, le délégué général du gouvernement auprès de la province de la Tandjilé rassure ses administrés d’avoir foi en l’avenir. Pour ce faire, il entend corriger la consommation abusive de l’alcool qui commence à gangréner la société. La jeunesse est indexée. Parce qu’elle se laisse emportée par la consommation de toutes sortes d’alcool qui entrent de toute part dans la province. Des efforts sont en train d’être fournis avec les services déconcentrés de l’État et avec les forces de défense et de sécurité afin de les retirer du marché, même si cela semble être difficile. Que la jeunesse de la Tandjilé sache qu’elle a une région très belle du point de vue écologique, agricole, etc. “Globalement, il faut que les gens aient foi en l’avenir, en leurs autorités. Nous essayons de faire le mieux que nous pouvons avec toutes les difficultés qui sont là. Il ne faut pas qu’ils se disent abandonnés, que personne ne veut les écouter… Nous essayons de réfléchir à chacun des problèmes avec les moyens que nous avons, mais osons espérer que l’avenir est plus ou moins là”, conclut Néné Ehémir Torna.

                                                                                  Nadjimbaye Dana Jonathan

 

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