Prise des décisions : La présence des femmes ne doit plus être figurative

Dans le cadre de la quatrième édition de la semaine mondiale de la paix, Salama Peace Initiative, avec l’appui d’Oxfam au Tchad, a organisé un débat citoyen autour du thème : “Au-delà des quotas : renforcer le pouvoir d’action et de décision des femmes au Tchad”.

Dans son introduction, le secrétaire général de Salama Peace Initiative, Benoudjoum Nékillamian Williams, rappelle le rôle que joue la femme tchadienne quand surgissent des tensions dans la communauté, par la facilitation du dialogue, l’accompagnement des personnes vulnérables et en maintenant les liens lorsque les crises fragilisent la cohésion sociale. Pour lui, les femmes sont des actrices de paix, porteuses d’expériences, de connaissances et de solutions. Mais ajoute-t-il, quand il s’agit de prise des décisions, de définir les politiques publiques ou de négocier les réponses aux problèmes de paix et de sécurité, la contribution de la femme reste encore insuffisamment reconnue. Le Tchad a néanmoins accompli une avancée importante. L’ordonnance de 2018 sur la parité et son décret d’application prévoient un quota d’au moins 30 % de femmes dans les fonctions électives et nominatives, avec l’ambition de progresser vers la parité. À l’issue des élections législatives de décembre 2024, 64 femmes ont été élues sur 188 députés, soit environ 34 %, contre 12,8 % auparavant. C’est un progrès réel qu’il faut reconnaître et consolider. Mais ces résultats nous conduisent également à poser une question essentielle : la présence numérique des femmes garantit-elle leur influence réelle sur les décisions ? Nous savons que ce n’est pas toujours le cas. Une femme peut être présente dans une institution sans disposer des mêmes ressources, des mêmes possibilités de s’exprimer ou de la même capacité d’influencer les orientations. Elle peut occuper un siège sans être véritablement associée aux arbitrages. Elle peut être consultée sans que ses propositions soient retenuesremarque Bénoudjoum. Il estime que la participation des femmes n’est ni une faveur, ni une concession, ni encore un simple chiffre à atteindre. Elle est un droit, une exigence de justice, et surtout, une condition indispensable pour construire une paix véritablement inclusive et durable au Tchad.

En rappelant le combat mené pour avoir le quota de 30 % accordé aux femmes dans les fonctions électives et nominatives, l’une des panélistes et ancienne ministre du Commerce, Achta Djibrine Sy, propose un accompagnement pour que la représentation de la femme ne soit pas quantitative, mais plutôt qualitative. Les femmes doivent cesser de faire de la figuration, mais quand elles sont désignées ou choisies pour prendre part à une rencontre ou siéger à un comité, elles doivent être capables de s’approprier le contenu afin de le porter et d’être capables de donner leurs avis et de les justifier, dit-elle. La représentation figurative, on en a plus besoins parce que ce qui est constaté c’est que les 30 % ne représentent probablement pas la qualité disposée à influencer. On a utilisé beaucoup plus au niveau de la sphère politique et 30 % acquis à une cause mais pas un 30 % qui va apporter des changements dans la position, la situation, la vie des femmes, des filles, des hommes, des communautés de manière générale. C’est à vous de voir à la télé combien de femmes se lèvent pour se battre pour exiger un changement social par rapport à toute la misère que les communautés et les familles vivent ? Parce que dès que vous entrez dans le parti politique qui est le canal par lequel vous accédez à cette fonction élective, c’est un gros scotch qu’on vous met à la bouche comme une punition à l’école primaire parce que vous devez suivre le chef de file et là on se retrouve avec 0 % d’influence et 33 % de présence et c’est là le problème. Il faudra voir comment travailler avec les leaders politiques pour qu’ils permettent aux femmes d’avoir un caucus à l’assemblée, par exemple, où il n’y a pas de couleurs politiques mais vous défendez simplement les intérêts des femmes”, propose-t-elle.

Pour le représentant du directeur d’Oxfam, Ali Moustapha Mahamat, la participation des femmes n’est pas seulement une question d’équité, mais une condition fondamentale pour une paix durable, une gouvernance plus efficace et un développement plus inclusif. Il a notifié que partout où les femmes participent de manière significative à la résolution des conflits, à la médiation et à la prise de décision, les communautés deviennent plus résilientes et les solutions plus durables. C’est pourquoi à travers ses programmes au Tchad, Oxfam travaille aux côtés des organisations de la société civile, des mouvements de femmes, des jeunes leaders et des partenaires institutionnels pour promouvoir la justice de genre, le leadership féminin, la gouvernance inclusive et la participation citoyenne, relève-t-il. Notre partenariat avec Salama Peace Initiative s’inscrit pleinement dans cette vision commune d’une société avec laquelle les femmes et les jeunes ne sont pas seulement consultés, mais pleinement associés aux décisions qui concernent la paix et la sécurité”, rassure Ali Moustapha Mahamat.

 

 

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