Violences basées sur le genre en milieu scolaire : un rapport alarmant sur l’école tchadienne

Un élève tchadien sur trois environ déclare avoir subi une forme de violence liée au genre dans son établissement, selon un rapport rendu public par le Syndicat des enseignants du Tchad (Set).Le document, fruit d’une enquête menée dans trois provinces (Ouaddaï, Mayo-Kebbi Ouest et N’Djaména) a été validé le 8 août 2026 au cours d’un atelier tenu au siège du Set au quartier Habbéna dans le 7e arrondissement de N’Djaména. Il dresse un état des lieux inédit des Violences basées sur le genre en milieu scolaire (Vbgms) et propose une série de mesures pour y remédier.

 

Une réalité largement répandue

Sur les 1250 élèves interrogés dans le cadre de l’étude, 41 % affirment avoir été confrontés à au moins une forme de violence. Du côté du corps enseignant, l’ampleur du phénomène ne fait guère de doute : 80 % des 250 enseignants sondés disent avoir personnellement constaté des cas de Vbgms dans leur établissement.

Les violences verbales (moqueries et insultes) arrivent en tête des formes recensées, suivies des agressions physiques, du harcèlement sexuel et des attouchements non désirés. Ces actes surviennent le plus souvent dans les lieux du quotidien scolaire : la cour de récréation, les salles de classe et le trajet menant à l’école.

L’enquête, qui a mobilisé au total 1500 questionnaires, révèle par ailleurs que les filles sont surreprésentées parmi les élèves consultés (62 %, contre 38 % de garçons), et que six élèves sur dix ont 15 ans ou plus – une tranche d’âge où les filles restent majoritaires.

 

Un silence pesant

Autre enseignement préoccupant : près d’un tiers des victimes (32 %) n’ont jamais signalé les faits dont elles ont été l’objet. La peur, la honte et un manque de confiance dans les dispositifs existants expliqueraient en grande partie ce mutisme.

Pour Bolmbari Ngolaou, secrétaire général national du Syndicat des enseignants du Tchad, ces chiffres appellent une réponse qui dépasse le simple constat. Selon lui, l’enjeu consiste désormais à renforcer la capacité du système éducatif à prévenir et prendre en charge ces situations, et non plus seulement à en reconnaître l’existence.

Le rapport ne se limite pas au diagnostic : il formule une série de recommandations à destination des autorités éducatives et des partenaires du secteur. Parmi elles figurent la formation des enseignants à l’identification et à la gestion des cas de violence, la mise en place de mécanismes de signalement confidentiels et sécurisés dans les écoles, ainsi que des campagnes de sensibilisation destinées aux élèves.

Les auteurs plaident également pour un accompagnement psychosocial des victimes, en lien avec les services sociaux et sanitaires, et pour une implication accrue des familles et des communautés – notamment pour combattre des pratiques comme les mariages précoces ou le silence entourant les victimes. Ils appellent enfin à l’adoption de politiques nationales contraignantes, assorties de protocoles clairs, d’obligations de signalement et de sanctions effectives, ainsi qu’à une mobilisation de ressources financières à la hauteur des enjeux.

Selon le Syndicat des enseignants du Tchad, ce rapport constitue une première étape. La prochaine phase sera consacrée au renforcement des capacités des acteurs éducatifs (enseignants, responsables syndicaux et élèves) afin de mieux identifier, prévenir et gérer les violences basées sur le genre en milieu scolaire.

Nadjimbaye Dana Jonathan

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