La capitale tchadienne a abrité du 25 au 27 mars 2026, la Conférence des femmes africaines parlementaires et ministres, organisé par son réseau pour le Tchad. Une “Déclaration de N’Djaména” est rendue publique en 8 points.
C’est autour du thème “Consolidation du leadership féminin africain, pour la refondation du Tchad”, que le Réseau des femmes africaines parlementaires et ministres (Refampt) a réussi le pari de mobiliser les femmes de diverses organisations faîtières de l’intérieur du pays, autour des invitées de marque, venues du Cameroun, Kenya, de la Mauritanie, Tanzanie, Zambie, RCA et Burkina Faso. Les présences effectives au côté de la représentante spéciale du président de la Commission de l’Union africaine (Ua), Dr Liberata et celle de Onu Femme en provenance de Dakar, la Tchadienne Woube Sabine, ont donné un cachet particulier à la rencontre et renforcé le Refampt dans sa démarche et vision. Cela ouvre le champ d’activités aux nouvelles femmes parlementaires et ministres, qui intègrent ainsi le réseau pour le Tchad.
Recommandations émises
Les participantes ont émis une kyrielle de recommandations. Au gouvernement, renforcer la représentation des femmes dans les institutions politiques et l’application des lois sur la parité et étendre les actions en zone rurale ; promouvoir les politiques publiques favorables à l’autonomisation économique des femmes, ainsi que l’adoption d’un cadre juridique visant à protéger les femmes contre toutes formes d’exploitation et d’abus de pouvoir dans les espaces politiques, professionnels et socio associatifs y compris au sein des organisations féminines ; soutenir la mise en œuvre effective de l’Agenda Femme, paix et sécurité, le projet de création de l’observatoire sur l’égalité du genre et les initiatives panafricaines à travers les organisations comme l’organisation panafricaine des femmes (Opf) ; accroître la présence des femmes dans les instances décisionnelles (gouvernement, administration, collectivités) ; appuyer la création du Fonds d’appui aux initiatives féminines ; prendre des mesures visant à accroître l’accès des femmes à l’éducation, à la santé et aux ressources de base ; assurer l’inclusion des femmes vulnérables notamment les handicapées ; mettre en place une plateforme permanente d’échanges, d’informations entre acteurs et des mécanismes de dialogue et de suivi ; organiser les ateliers de réflexion et de suivi autour des orientations politiques nationales ; allouer des ressources suffisantes pour la mise en œuvre des plans d’actions ; prendre en compte les nouveaux défis, changement climatique et pression démographique dans les politiques du genre.
Aux partis politiques : garantir une participation équitable des femmes dans les instances décisionnelles ; renforcer les capacités des organisations féminines partisanes, ainsi que l’éducation et la sensibilisation à tous les niveaux, local, national et inter générationnel ; étendre les actions de promotion de leadership féminin aux zones rurales ; créer un environnement favorable à l’implication et à la participation des femmes dans la cohésion sociale et la paix.
Aux institutions parlementaires : promouvoir la coopération entre femmes parlementaires africaines ; soutenir les initiatives de focus féminins interparlementaires ; renforcer les cadres institutionnels et juridiques ; veiller à l’application effective de loi sur la parité, les quotas de genre existants, et à la traduction des documents et résolutions de Beijing en projet concret ; mettre en place des mécanismes efficaces de suivi et d’évaluation de la représentation féminine, pour mesurer les progrès ; développer des programmes de formation de leadership économique, gestion et entrepreneuriat autour des femmes.
Aux organisations féminines et partenaires : renforcer les mécanismes de plaidoyer en faveur de l’égalité de chance, et des actions de prévention contre les violences basées sur le genre (Vbg) ; relancer le processus de création de Fonds d’appui aux initiatives féminines et de l’observatoire sur l’égalité du genre ; encourager le dialogue inter générationnel pour partager expériences et leadership ; favoriser la solidarité féminine par les fonctions institutionnelles et politiques ; créer une base de données des compétences féminines dans tous les secteurs ; favoriser la création des réseaux et consortium féminin ; sensibiliser les prêtres et leaders coutumiers à l’égalité de genre ; mobiliser hommes et femmes pour une approche collaborative dans la réalisation des droits des femmes ; intégrer des critères éthique dans les sélections et l’évaluation du leadership féminin au-delà de l’expérience, notamment l’écoute réelle des femmes, la consultation et l’inclusion dans la prise de décision, le respect, la valorisation des autres femmes et le soutien à l’émergence des nouvelles leaders.
Des recommandations qui découlent des partages de connaissances et échanges d’expériences, à travers la série de conférences animées par six panels, qui a constitué le lot des activités sur les trois jours.
Redynamiser le Refampt et transmettre les acquis à la relève
C’est le fort message qui ressort des mots de la secrétaire exécutive du Refampt, Mme Loum Ndoadoumngué Elyse. En se réjouissant de la réussite de l’organisation de la conférence, Mme Loum a rappelé l’historique du réseau pour le Tchad, créé en 1999, et l’évolution du processus d’intégration des femmes tchadiennes dans les différentes sphères. Elle n’a pas manqué de relever l’opportunité offerte par la période transitionnelle, qui a boosté leur progression, avec une participation de 252 femmes sur les 1500 participants au Dnis soit le 1/6e. Ce qui a occasionné un bond quantitatif dans les nouvelles institutions parlementaires mises en place. Avec 39,13% des femmes au Sénat et 34% à l’Assemblée nationale, “(…) d’une femme député en 1962 à aujourd’hui dans l’histoire de nos combats, c’est pour la première fois dans la vie de notre réseau que nous organisons cette conférence. Par nécessité d’apprendre, d’innover et de bénéficier d’expériences (…) Vous qui avez encore de la force, osez l’audace par rapport à nous qui sommes vieillissantes. Le Refampt doit s’assumer face à cette avancée significative, qui constitue un atout majeur dans la relève des défis, liés à la participation politique des femmes. Elles doivent consolider leur propre position au sein des institutions et participer activement à la prise des décisions (…)”, a-t-elle encouragé.
Honorer les pionnières, c’est préparer les héritières
Telle est la déclaration du chef de l’État reprise par le Premier ministre, Allah Maye Halina à la conférence. Il ajoute que la représentativité des femmes est un point crucial, non pas parce que c’est une tendance venue d’occident, mais parce que c’est une exigence de justice et une nécessité d’efficacité. C’est pourquoi, les femmes, poursuit-il, sont appelées à incarner un leadership affirmé, structuré et pleinement assumé. “(…) À cet égard, le Réseau des femmes africaines ministres et parlementaires constitue un instrument stratégique de structuration du leadership féminin. Il lui revient d’organiser la transmission, de créer un cadre de partage d’expériences, de renforcer les capacités d’assurer l’émergence d’une relève solide et structurée. Cela suppose d’investir dans l’éducation, d’encourager le mentorat, de valoriser les parcours inspirants et de garantir un accès équitable aux opportunités (…) conseille le représentant du Président de la République.
Roy Moussa
