Est-ce pour apporter des éclairages nouveaux sur les récits passés ou pour manipuler les opinions ? Quels sont les faits historiques volontairement ignorés ou effacés que l’on voudrait exhumer ? À qui doit-on donner la parole pour rétablir la vérité historique ? Pour répondre à ces interrogations, sommes toutes légitimes et pertinentes, nous allons prendre deux exemples d’événements précis :
Les mouvements de résistance dans l’histoire tchadienne et la lutte du Frolinat.
L’histoire officielle enseignée et distillée dans les écoles, lieux de culte et dans les médias, par les colonialistes français et les épigones de la colonisation Arabo-berbères, fait très peu de place aux héros des mouvements de résistance nationale, comme Rabah qui est qualifié d’esclavagiste soudanais, alors qu’il s’agit d’un prince Boulala qui était déporté du Baguirmi au Darfour et est revenu au Tchad pour reconquérir le pouvoir de son père. Et Mbang Day, digne héritier du grand chef spirituel Day, “Ngara Hem Ndogo”, qui a opposé une résistance farouche à la pénétration coloniale française dans le Sud du Tchad.
Revisiter l’histoire du Tchad, constitue un acte mémoriel majeur qui montre que le Tchad n’a pas été conquis dans la passivité.
Autre exemple, l’histoire du Frolinat est présentée sous le prisme d’une opposition Nord/Sud.
Revisiter cette histoire, c’est rappeler que des Sudistes ont aussi participé à cette lutte (intellectuels, étudiants, syndicalistes), qu’ils considéraient comme une lutte contre l’injustice sociale et la dictature.
Revisiter cette histoire, c’est sortir d’une vision simpliste “Nord contre Sud”, pour comprendre les ingérences étrangères qui ont façonné la trajectoire du pays.
Revisiter cette histoire, c’est aussi comprendre que les engagements des Sudistes n’étaient pas religieux ou ethniques, mais politiques et sociaux : rejet de la dictature, volonté de justice et de rééquilibrage des richesses.
Les figures sudistes ci-après illustrent que le Frolinat n’était pas une opposition ethnique (Nord contre Sud), mais une coalition plus large contre l’injustice. Il s’agit de :
- Manasset Guealbaye :
Originaire du Sud, militant syndical et intellectuel, qui a rejoint le Frolinat en 1977 dans une logique de lutte contre la dictature et l’exclusion.
Son rôle montre que le Frolinat ne se réduisait pas à une “affaire du Nord”, mais avait une dimension nationale.
- Gali Gata NGoté :
Un autre Sudiste engagé dans le mouvement, qui voyait dans le Frolinat un instrument de libération et de changement politique.
– Nadji Bassigué :
Une autre figure issue du Sud et impliqué dans les réseaux de mobilisation.
Pourquoi leur rôle a été effacé ?
Après la chute du Président Tombalbaye et les guerres civiles qui ont suivi, l’histoire du Frolinat a été réécrite par les vainqueurs (souvent nordistes).
Les Sudistes engagés dans le mouvement ont été marginalisés ou présentés comme secondaires, ne disposant pas d’une base sociale armée en nombre et en qualité.
Le récit “officiel” ayant simplifié le conflit en clivage Nord/Sud, cela a eu pour conséquence d’effacer la mémoire de ces alliances.
Quel est leur héritage ?
- D’abord leur participation montre qu’il y avait, dès les années 1960-70, une volonté d’unité nationale au-delà des divisions régionales.
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Elle rappelle ensuite que les tensions actuelles au Tchad ne sont pas “naturelles”, mais le résultat de manipulations politiques et de récits tronqués.
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Réhabiliter ces figures, c’est reconnaître que des Sudistes ont cru et participé à un projet national de justice, pas seulement local ou ethnique.
Au total, les Sudistes dans le Frolinat constituent la preuve que ce mouvement était à son origine, une révolte nationale contre un système inégalitaire, et pas seulement une guerre Nord/Sud comme on le distille bien souvent.
Réécrire l’histoire du Tchad, c’est donc notamment :
- Réhabiliter les résistants oubliés (Rabah, Mbang Day, les chefs locaux, les étudiants et syndicalistes sudistes du Frolinat, etc.).
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Doter le pays d’un outil de mémoire et de justice, mais aussi d’un outil de pouvoir. La tentation étant grande dans ce dernier cas, que le régime utilise ce clavier historique pour se glorifier et effacer les crimes passés.
Dr Manasset Guealbaye
