Le soldat Déby tombe, arme à la main

Annoncé mort le 20 avril 2021 par un Conseil militaire de transition (Cmt) précipitamment mis en place, suite aux affrontements avec les forces rebelles, le Maréchal du Tchad, Idriss Déby Itno a reçu les derniers hommages de la nation tchadienne le 23 avril 2021 à la Place de la nation avant d’être inhumé à Berdoba, son village natal.

Sa dernière voix a retenti le 11 avril dernier, au sortir d’un bureau de vote où il est allé avec son épouse, exercer son devoir citoyen pour la présidentielle dont il est pour la sixième fois candidat. Il appelait à cette occasion la population à sortir massivement choisir son futur président.

Avant la campagne présidentielle, il avait effectué en février des tournées dans les 23 provinces du Tchad. Dans ses tournées que qualifiaient ses opposants de campagne avant-date, il promettait de grands projets de développement aux populations provinciales, il les appelait aussi à vivre dans la cohabitation pacifique et la concorde nationale. A peine ces tournées achevées, il entamait la campagne électorale à proprement parler. Il a mis celle-ci sous le signe de la sécurité et la stabilité du pays dont il croit être le garant. Beaucoup de personnes se rendent compte aujourd’hui que tous ces déplacements ressemblaient à un au revoir sans le savoir, même pas lui. C’est finalement sa dépouille qui est posée devant un parterre d’hommes, notamment des chefs d’État, des personnalités diplomatiques et des populations ce 23 avril à la Place de la nation pour des derniers hommages, alors qu’il se préparait à fêter son uppercut ou le coup KO !

chefs d’Etats présents aux obsèques (Photo Alex)

Le président Idriss Déby Itno, au pouvoir depuis 30 ans, meurt au combat comme il l’a toujours souhaité. En trois décennies de règne, lui qui a accédé au pouvoir en 1990 au grade de colonel, ne s’était pas défait de son corps de soldat. Il grimpe régulièrement en grade et accède au prestigieux titre de Maréchal le 11 août 2020. Il est consacré à cette dignité militaire le jour anniversaire de l’indépendance du Tchad par les parlementaires, parce qu’il s’est personnellement déplacé sur le champ de bataille à Bohoma dans la province du Lac pour neutraliser les groupes terroristes boko haram. En bon soldat, Idriss Déby Itno n’a pas cessé d’avoir le courage de descendre lui-même renforcer et galvaniser ses compagnons d’arme au front. Cette manière de faire n’a pas plu aux opposants politiques et même aux nombreux citoyens, qui estiment que la place d’un président est au palais pour diriger administrativement. Mais les partisans d’Idi, notamment ses camarades de la mouvance présidentielle l’encouragent plutôt et voient en lui un homme, un fils du Tchad courageux, épris de paix et qui aime sa patrie au point de ne pas hésiter un seul instant à mettre sa vie en danger pour la défense de sa patrie. Il aimait remettre sa tenue de soldat et avait toujours répété qu’il n’avait pas eu une jeunesse heureuse, parce qu’elle n’est faite que de combats et de guerres à travers lesquelles plusieurs de ses proches et de nombreux tchadiens ont perdu la vie. Il préférait rester debout pour le combat de la stabilité de son pays. Mais il n’a pas réussi à réconcilier le peuple tchadien à cause de sa gouvernance exclusive. Trente ans au pouvoir, il n’a pas, non plus, pu asseoir son pays qu’il voulait stable et paisible.  Car de son camp, sortaient des mécontents qui n’hésitent pas de prendre les armes pour se retourner contre lui. Il appelait cela du désordre qu’il ne voulait pas voir tant qu’il a le souffle de vie. Mais dans une vidéo qui circule depuis quelques jours, il a déclaré qu’il préférait mourir au front comme un soldat pour ne pas voir le désordre qui va s’installer après lui. Et, il n’a pas eu tort.

Le 20 avril dernier, c’est un groupe de militaires commandés par son fils Mahamat Idriss Déby qui annonce sa mort, la mort du Maréchal du Tchad, Idriss Déby Itno. Ce groupe de militaires entend assurer une transition de 18 mois renouvelable afin d’organiser une alternance paisible et démocratique, promettent-ils.

Des hommages au Maréchal

La nation tchadienne a rendu ses derniers hommages au Maréchal ce 23 avril. Deux temps forts ont marqué les obsèques du feu Idi qui se repose désormais dans son Amdjarass natal, plus précisément à Berdoba. Une cérémonie militaire et une autre civile.

Des femmes en pleurs (Photo Alex)

10 h 10. Arrive la dépouille du regretté, les émotions s’emparent de la foule qui s’est amassée pour la circonstance. Des femmes, des jeunes, des militaires mais aussi des journalistes n’ont pas pu maîtriser leurs émotions. Les larmes coulent à flots. Mahamat Idriss Déby se lève et dépose une gerbe de fleurs sur la dépouille de feu son père. Il est suivi par les présidents des républiques, homologues chefs d’Etats africains. On note la présence des présidents des deux Guinée, ceux du Burkina Faso et de la République démocratique du Congo Félix Tshisekedi, par ailleurs président en exercice de l’Union africaine, les présidents mauritanien, togolais, le ministre de la Défense du Cameroun, Première ministre gabonaise, etc.

Hinda Déby Itno clôture le dépôt des gerbes de fleurs. On procède alors au tir de 21 coups de canons pour saluer la mémoire du défunt.

Mahamat Oki Dagache, grand chancelier dépose sur la dépouille du défunt, les attributs de maréchal.

Témoignages

Abdelkerim Idriss Déby, qui ouvre le bal des témoignages, n’a pas pu contenir ses larmes, parce que “dévasté par la mort brutale d’un grand guerrier, d’un homme dont la passion est toujours le patriotisme, un papa hors de commun”. Mais c’est une mort qui rend fières la famille et la nation tchadienne, s’est-il consolé. Pour lui, après tout, “à Dieu nous sommes, à lui nous retournons”.

Hinda Déby Itno, l’épouse du défunt vante les qualités de feu son mari. “Un être exemplaire, attentionné. Dieu est toujours là. Notre guide n’est plus. Glorieux soldat, s’exprime-t-elle, le visage envahie de larmes. Elle a ému l’assistance qui s’est, elle aussi, mise en sanglots. “Portons partout le message de la paix et de la cohabitation pacifique, l’héritage laissé par le Maréchal“, adresse-t-elle au peuple tchadien. “Surtout vous les femmes, sachez que nous avons perdu notre premier avocat de l’égalité de genre. Il revient à nous femmes de prendre notre destin en main, de nous battre pour l’égalité de genre”, exhorte-t-elle ses sœurs.

Hinda en chaudes larmes, prononçant son témoignage (Photo Alex)

Zakaria Déby Itno, troisième fils du Maréchal, qui était plus proche de son père (parce qu’il assurait le cabinet civil de son père et voyage beaucoup avec lui, avant d’être ambassadeur du Tchad aux Emirats Arabe), confie à l’assistance que son père a toujours juré de ne jamais traverser le fleuve pour sauver sa petite personne et celle de sa famille, mais mourra avec dignité. C’est donc l’accomplissement de son serment. Pour Mahamat Zen Bada, Idi symbolise “le roc du Tchad qui est tombé, Idi est mort pour le salut en combattant pour l’intégrité du pays”. Et tout de suite, il déclare que le Mouvement patriotique du salut renouvelle son appui au Conseil militaire de transition (Cmt) pour la continuation de l’œuvre du Maréchal.

ses homologues lui disent adieu (Photo Alex)

Après les hommages de la nation, le corps sans vie du Maréchal a été remis à  sa famille, puis  transporté à la grande mosquée Roi Fayçal où l’imam a prononcé la prière aux morts en présence des milliers des fidèles qui lui ont encore rendu un dernier hommage. Le Maréchal est enterré dans son village natal à Berdoba. Là où,  très souvent, il allait passer le moment saint de ramadan.

Mais cette fois, c’est son corps sans vie qui part à Amdjarass en cette période sainte de carême pour un voyage sans retour. Adieu Idi.

Nadjidoumdé D. Florent.

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