En matière d’alimentation scolaire, une délégation tchadienne composée des responsables de l’éducation, des finances ainsi que des représentants du Programme alimentaire mondial (Pam) avec à sa tête, le secrétaire général du ministère de l’Éducation nationale, du bilinguisme et de la promotion civique, Vaibra Nicolas, s’est rendue le 20 avril 2026 au Bénin, en Afrique de l’Ouest échanger des expériences dans le cadre du renforcement de la coopération sud-sud.
L’objet de cette mission, selon le service communication du ministère de l’Éducation nationale, consiste à s’inspirer des bonnes pratiques béninoises en matière de conception et mise en œuvre des programmes d’alimentation scolaire intégrés. Appréhender à travers des séances de travail, des visites de terrain et des échanges techniques avec les autorités béninoises et leurs partenaires, les mécanismes institutionnels, financiers et opérationnels qui sous-tendent un dispositif efficace. La mise en exergue du rôle déterminant de l’État dans le pilotage des programmes, la nécessité d’une coordination multisectorielle renforcée et l’importance de l’implication des communautés locales pour assurer la durabilité des initiatives n’a pas été occultée lors des discussions.
Les enseignements tirés à l’issue de cette mission devraient contribuer à orienter les réformes en cours au Tchad. Par exemple, mettre en place un programme national d’alimentation scolaire adapté aux réalités du pays, capable d’améliorer l’accès à l’éducation, de favoriser le maintien des élèves à l’école et de renforcer leurs performances scolaires. Une démarche louable et salutaire certes, mais qui alimente les débats quant à sa réalisation. Car, de pareils projets visant à réformer certaines pratiques dans des écoles tchadiennes ont été entrepris, sans succès probants. Ou bien s’agira-t-il enfin de réinstaurer sans discrimination des cantines scolaires dans toutes les écoles ?
Entre rêve ou réalité
Pour de nombreux observateurs avertis, l’alimentation scolaire peut motiver les apprenants à résister, sinon rester longtemps en salle. Cependant, elle n’est pas la seule source des maux qui minent l’épanouissement de l’école tchadienne. Même si tel en est le cas, il sera difficile de l’appliquer sur toute l’étendue du territoire. “L’initiative de copier l’expérience béninoise n’est pas mauvaise en soi, mais j’émets de réserve quant à sa réalisation, parce que le Tchad copie toujours mal ce qui existe bien ailleurs”, affirme Bembatem Victor, professeur licencié de 6e échelon. Et de renchérir que nourrir les élèves dans tout le Tchad n’est pas chose facile, car, lorsque les milliards vont parler, l’initiative sera accaparée et n’aura pas l’objectif escompté. Il propose au gouvernement de résoudre d’autres problèmes plus cruciaux notamment les infrastructures et les ressources humaines avant de penser à l’alimentation. De plus, il faut résoudre le problème de traitement salarial de corps enseignant, les avantages liés à cette profession, le rappel des actes de carrière… qui constituent la principale démotivation des enseignants. Car, on peut faire tout, mais si les instituteurs ne sont pas bien traités, il n’y aura aucune amélioration, souligne l’enseignant Bembatem Victor. Pour lui, cette alimentation scolaire dont parlent les autorités reste et restera un problème qui sera aussi voué à l’échec comme les autres problèmes.
Par contre, observe de son côté, Dr Evariste Ngarlem Toldé, enseignant-chercheur à l’Université de N’Djaména, cette volonté donnera au gouvernement tchadien l’occasion de soutenir une réforme plus large. “Cet élan politique est nécessaire pour pouvoir mettre en œuvre un programme plus ambitieux et plus important”, approuve-t-il. Comme dit Nicolas Machiavel dans son ouvrage “Le Prince”: “C’est la fin qui justifie les moyens”.
Attendons de voir si cette leçon béninoise améliorera un tant soit peu, la qualité de l’enseignement au Tchad.
Nadjimbaye Dana Jonathan
