Quand l’État tend la sébile aux parents

Le président de la République a visité le lycée Félix Éboué à l’occasion de la rentrée 2026-2027. Encore une visite qui ressemble à du folklore car les yeux et oreilles extérieurs du chef de l’État l’informent à tout instant. Il y a découvert un établissement en ruine, et en a tiré une conclusion stupéfiante : que les parents mettent la main à la poche ! Ce lycée a pourtant formé, en son temps, l’élite du pays, y compris une partie de ceux qui gouvernent aujourd’hui.

Rappelons d’abord un principe. L’éducation est proclamée “priorité des priorités” dans tous les discours officiels. Une priorité se mesure en lignes budgétaires, en chantiers livrés et en tables-bancs fabriqués, pas en slogans. Or le premier citoyen du pays, au lieu d’annoncer un plan de réhabilitation, de construction, tend la sébile aux familles.

Mahamat Idriss Déby n’ignore pas que ces familles paient déjà. Elles paient l’impôt, les taxes, les cotisations de l’Association des parents d’élèves (Ape), les fournitures, souvent les cours de soutien que l’école publique n’assure plus. Leur réclamer une contribution supplémentaire revient à leur faire payer deux fois un service que l’État s’est engagé à financer.

Et l’argent du pays, où est-il ? Le Tchad encaisse des recettes pétrolières, des revenus douaniers, des produits de l’or, de l’antimoine, etc. Personne ne soutiendra que le pays est sans ressources. D’ailleurs, pendant que le chef de l’État demande aux parents de cotiser pour l’école, les rues de N’Djaména grouillent de chars et autres matériels de guerre fraîchement importés. De qui se moque-t-on ? La vraie question est celle de savoir quelle destination prend l’argent du peuple. Combien pour les écoles, combien pour la sécurité, les voyages officiels, les fonds opaques ? Tant que le budget de l’éducation et son exécution resteront un secret d’initiés, l’appel aux parents ressemblera à un aveu : l’État a détourné son regard de l’école et demande maintenant à d’autres de réparer.

Félix Éboué n’est d’ailleurs pas une exception, c’est la vitrine. Si le fleuron de la capitale s’effondre, que dire des écoles de province ? Beaucoup d’écoles et même celles de la capitale sont sans hangars ni tables-bancs. Des enfants s’asseyent par terre sous le soleil ou la pluie. Ce que le président a vu en visite officielle, les parents le vivent chaque matin depuis des années. Découvrir l’évidence aujourd’hui n’est pas un mérite :  c’est le constat d’un échec dont l’exécutif porte la responsabilité.

On nous objectera que l’État ne peut pas tout faire et que la participation des parents ou des anciens élèves est légitime partout dans le monde. C’est vrai, à condition qu’elle soit volontaire, encadrée, transparente et qu’elle vienne en complément d’un engagement public réel.

Le chef de l’État doit donc passer des constats aux actes. Qu’il publie le budget de l’éducation et son exécution, province par province. Qu’il fasse auditer les chantiers scolaires déjà financés. Qu’il présente un programme national de réhabilitation chiffré, daté, contrôlé par les parents, les enseignants et la société civile.

Faute de quoi, la leçon de cette rentrée sera cruelle : dans toute la République, on exige des parents ce que l’État a promis aux enfants : la gratuité de l’école publique. Car l’État a le sacro-saint devoir d’éduquer et d’instruire dans des conditions optimales sa jeunesse.

La Rédaction

 

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