Ce sont les deux axes d’intervention de la conférence de presse, conjointement animée le 7 novembre 2025, par le représentant résident du Hcr au Tchad, la secrétaire générale de l’Union internationale des télécommunications (Uit) et l’organisation mondiale de la téléphonie mobile.
Actualité oblige, Magatte Guissé, le représentant résident du Hcr au Tchad informe que la ville d’El-Fasher (capitale du Darfour nord) assiégée depuis 18 mois et envahie par les Forces de soutien rapide (Fsr) le 24 octobre 2025, a entraîné les déplacements massifs de civils dont certains vers le Tchad. Environ 300 000 personnes vivent à El-Fasher dans des conditions extrêmement précaires. Par rapport à la réponse humanitaire, le Plan de contingence inter agences élaboré par le Hcr, en collaboration avec 20 partenaires (agences des nations unies, entités gouvernementales et Ong), vise à répondre à une éventuelle arrivée de 90 000 réfugiés et 30 000 retournés entre octobre et décembre 2025. Ce plan cible les points d’entrée stratégiques tels que Tiné, Koulbous, Birak et Adré et prévoit une assistance immédiate en protection, santé, eau, abris ainsi que la relocalisation vers des sites sécurisés. Ce plan repose sur une approche intégrée, mettant l’accent sur la résilience des communautés hôtes, la mobilisation communautaire et le renforcement de la surveillance des frontières.
“Ce plan d’urgence inter agence nécessite 52,2 millions de dollars au cours des trois prochains mois (octobre à décembre), pour répondre aux besoins urgents en matière de survie de 120 000 personnes”, alerte le représentant résident du Hcr au Tchad. Au 30 septembre 2025, dit-il, le Tchad accueille 1 463 233 réfugiés et demandeurs d’asile, soit plus de 3% de sa population. C’est le plus grand pays d’asile en Afrique et l’un des dix premiers au monde. Avec un total de 882 456 nouveaux réfugiés soudanais arrivés au 28 octobre 2025.
Situation actuelle des arrivées
Bien qu’aucun afflux massif n’ait été observé à ce jour, les arrivées régulières des réfugiés se poursuivent, signale Magatte Guissé. Au 31 octobre, 234 personnes (soit 89 familles) ont été enregistrées, principalement dans les provinces de l’Ennedi Est, Wadi-Fira et du Ouaddaï. Sur les sept derniers jours (du 25 au 31 octobre), 2051 individus issus de 721 familles ont été enregistrés et assistés par les équipes humanitaires. Sur la base des tendances observées lors des précédents afflux, il est estimé que la première vague significative d’arrivées liée à cette crise d’El-Fasher pourrait survenir dès la semaine du 10 novembre. Les mouvements vers les frontières restent lents et discrets. Les réfugiés voyagent principalement de nuit pour éviter les risques liés à l’insécurité et restent immobiles durant la journée. De plus, ajoute-t-il, les combats intenses dans les zones frontalières ralentissent considérablement les déplacements.
La loi progressiste du Tchad sur les réfugiés est une politique intelligente, relève Magatte Guissé, parce qu’elle favorise le travail, l’autonomie et l’investissement, ce qui profite à la fois aux réfugiés et aux communautés d’accueil. “Nous saluons le Plan national d’intervention pour l’Est du gouvernement, qui s’aligne sur le nouveau Plan national de développement. À cet effet, nous demandons aux donateurs et partenaires de financer intégralement, dès maintenant, le Plan d’urgence de 52,2 millions de dollars ; investir dans les espaces des zones d’accueil (eau, santé, éducation et routes afin de répartir équitablement la charge ; soutenir la connectivité en tant que ligne de vie : accès abordable, alimentation électrique fiable et services numériques inclusifs avec les partenaires de l’Iut/Gsma. Nous continuerons à lancer un appel aux partenaires internationaux, pour toujours soutenir le Tchad, qui n’a pas de ressources suffisantes pour accueillir ces réfugiés. Ce fardeau doit être partagé par les partenaires internationaux”, a-t-il plaidé.
L’inclusion numérique au programme
La venue au Tchad de Doreen Bogdan-Martin, secrétaire générale de l’Union internationale de la télécommunication (Uit), vise à s’assurer l’inclusion de la connectivité dans les zones des réfugiés, parce que cela profite également aux populations hôtes. Depuis 2023, date du lancement de cette initiative, 10 pays à travers le monde sont couverts dont le Tchad qui est un modèle. “Nous sommes la plus vieille organisation du système des nations unies, et avons pour objectif de connecter d’ici à 2030, 20 millions de réfugiés à travers le monde, afin qu’ils participent à l’économie numérique. Nous avons remarqué à Farchana que la connectivité est plutôt une nécessité”, a-t-elle informé.
John Giusti, le directeur général de l’Organisation mondiale de la téléphonie mobile, qui fait partie de cette mission de terrain au Tchad, relève qu’il y a beaucoup d’opportunités ici de collaboration entre le secteur privé et le gouvernement.
Roy Moussa
